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RDC : L’OR CONGOLAIS PREND LE CHEMIN DE L’OUGANDA, DU RWANDA ET DU BURUNDI AVANT D’ARRIVER À DUBAÏ

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Des enfants dans une mines d'or du Sud-Kivu en Rd Congo

Kiki Kienge

L’or congolais est au cœur d’un commerce transfrontalier qui dépasse largement les frontières de la République démocratique du Congo. Une partie de l’or produit artisanalement dans l’est du pays quitte clandestinement le territoire, notamment vers l’Ouganda, le Rwanda et le Burundi, avant d’intégrer les circuits commerciaux internationaux, avec les Émirats arabes unis comme l’une des principales destinations.

Ce phénomène est documenté depuis plusieurs années par le Groupe d’experts des Nations unies sur la RDC ainsi que par les autorités américaines. Washington a notamment alerté sur des chaînes d’approvisionnement dans lesquelles des minerais provenant de l’est de la RDC transitent par des pays voisins avant d’atteindre les marchés internationaux.

De la mine congolaise à Dubaï

Le schéma est relativement simple :

RDC → Ouganda, Rwanda ou Burundi → Émirats arabes unis → marchés internationaux

Derrière cette chaîne se trouve toutefois un réseau complexe de producteurs artisanaux, négociants, intermédiaires, transporteurs, raffineries et sociétés d’exportation.

L’Ituri, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu comptent parmi les principales zones aurifères de l’est de la RDC. Une partie de la production artisanale est commercialisée en dehors des circuits officiels.

Une fois l’or sorti du territoire congolais, il peut être mélangé avec d’autres productions et changer plusieurs fois de propriétaire avant d’atteindre les marchés internationaux.

C’est précisément cette succession d’intermédiaires qui rend la traçabilité particulièrement difficile.

L’Ouganda, une importante porte de sortie

L’Ouganda occupe une place centrale dans ce commerce régional.

Le Groupe d’experts des Nations unies a documenté à plusieurs reprises le passage d’or provenant de l’est de la RDC vers Kampala.

Le paradoxe est particulièrement frappant : l’Ouganda dispose d’une production aurifère nationale relativement limitée, mais ses exportations d’or ont atteint des montants considérables ces dernières années.

Cette différence entre la production nationale et les volumes exportés a régulièrement suscité des interrogations internationales sur l’origine d’une partie de l’or commercialisé depuis l’Ouganda.

Selon les investigations de l’ONU, Kampala constitue notamment un important centre de commerce et de transit pour l’or provenant de la région des Grands Lacs.

Le Rwanda, autre voie de transit

Le Rwanda apparaît également dans les enquêtes consacrées aux flux d’or dans la région.

Le Groupe d’experts de l’ONU a signalé l’existence de flux d’or provenant de la RDC et transitant par le Rwanda, malgré l’absence de certaines importations officielles correspondantes dans les statistiques commerciales.

Les enquêteurs ont également soulevé des questions concernant la traçabilité de l’or traité dans le pays.

Il convient toutefois de faire une distinction essentielle : l’existence de flux d’or congolais transitant par le Rwanda ne signifie pas que tout l’or exporté par le Rwanda est d’origine congolaise.

La question porte sur une partie des flux et sur la capacité des autorités à en établir précisément l’origine.

Le Burundi, une route alternative

Le Burundi apparaît lui aussi dans les investigations internationales consacrées à la contrebande d’or dans la région des Grands Lacs.

Des rapports des Nations unies ont documenté l’existence de réseaux impliquant des négociants et intermédiaires congolais et burundais.

Lorsque certains passages frontaliers deviennent plus difficiles à utiliser, les réseaux de contrebande peuvent déplacer leurs itinéraires vers d’autres points de passage.

Le commerce clandestin fonctionne ainsi davantage comme un réseau de routes alternatives que comme un seul corridor.

Pourquoi les Émirats arabes unis jouent-ils un rôle central ?

Après avoir quitté la région des Grands Lacs, une partie de l’or rejoint les Émirats arabes unis, notamment Dubaï, qui constitue l’un des grands centres mondiaux du commerce de l’or.

Cette étape est déterminante pour la traçabilité.

Plus l’or s’éloigne de son lieu d’extraction, plus il devient difficile d’identifier son origine initiale. Le métal peut être regroupé, raffiné, revendu et réexporté.

Un or extrait artisanalement dans l’est de la RDC peut ainsi se retrouver dans une chaîne commerciale internationale où son origine congolaise devient beaucoup plus difficile à établir.

Une perte économique pour la RDC

La contrebande d’or ne représente pas uniquement un problème sécuritaire. Elle constitue également une importante question économique et fiscale.

Lorsque l’or quitte clandestinement la RDC, l’État perd une partie des recettes qui pourraient provenir de son exploitation et de son exportation.

La contrebande prive également le pays de données fiables sur sa production réelle.

Elle permet à des intermédiaires situés le long de la chaîne commerciale de capter une partie de la valeur créée par cette ressource.

Dans certaines zones affectées par les conflits, le commerce de l’or peut également contribuer au financement de groupes armés lorsque ceux-ci contrôlent des sites miniers, imposent des taxes ou prélèvent des revenus sur les routes commerciales.

La tentative de formalisation avec Primera Gold

Kinshasa a tenté de reprendre le contrôle du commerce de l’or artisanal à travers Primera Gold DRC, créée pour formaliser les exportations et réduire la contrebande.

L’objectif était notamment de créer une chaîne officielle entre les producteurs artisanaux congolais et les marchés internationaux.

Mais les difficultés de traçabilité et la persistance des circuits informels ont limité cette ambition.

Le problème est structurel : tant que les circuits clandestins offrent aux producteurs et aux négociants des conditions plus attractives que les circuits officiels, la contrebande reste difficile à éliminer.

Le véritable enjeu : contrôler la chaîne de valeur

Pour la RDC, le problème ne consiste donc pas seulement à produire davantage d’or.

Il s’agit de contrôler toute la chaîne de valeur.

Cela passe par l’identification des sites miniers, l’enregistrement des négociants, la sécurisation des routes commerciales, le contrôle des frontières, la traçabilité de chaque cargaison, le contrôle des raffineries et l’identification des acheteurs finaux.

Sans ce contrôle, une partie de la richesse produite dans les mines congolaises continuera d’être captée à l’extérieur du pays.

Une richesse congolaise qui devient internationale

Le parcours de l’or peut parfois être résumé ainsi :

Mine artisanale en RDC → négociant local → sortie clandestine → Ouganda, Rwanda ou Burundi → raffinerie ou négociant → Émirats arabes unis → marchés internationaux.

À chaque étape, la valeur du métal augmente, tandis que la traçabilité de son origine peut diminuer.

C’est là que se trouve le paradoxe congolais.

La RDC possède d’importantes ressources aurifères, mais une partie de la richesse générée par ces ressources peut être réalisée à l’extérieur du pays.

La question est donc moins de savoir si la RDC possède de l’or que de savoir qui contrôle sa commercialisation et qui bénéficie réellement de sa valeur.

Pour Kinshasa, l’enjeu est désormais de transformer l’or congolais en recettes officielles, en emplois et en investissements nationaux, plutôt qu’en richesse exportée clandestinement vers les centres internationaux du négoce.

RDC → Ouganda/Rwanda/Burundi → Émirats arabes unis → marchés internationaux : cette chaîne mérite désormais d’être documentée, entreprise par entreprise, frontière par frontière et cargaison par cargaison.

AfroNews24

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