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RDC / CONFERENCE SUR LE LITHIUM DE MANONO : RESOURCE MATTERS SUR LA GOUVERNANCE ET LA TRANSFORMATION LOCALE

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Conférence sur le lithium de Manono en RDC. Photo de Resource Matters

Kiki Kienge

Entre transparence des contrats, industrialisation, accès à l’électricité et protection des communautés, le rapport final de la table ronde sur le lithium en RDC trace une feuille de route pour éviter que Manono ne reproduise les erreurs des secteurs du cuivre et du cobalt.

La République démocratique du Congo (RDC) se trouve à un tournant stratégique avec le développement de son secteur du lithium. Alors que ce minerai occupe une place croissante dans les chaînes de valeur liées aux batteries et à la transition énergétique, le pays est confronté à un défi majeur : transformer son potentiel minier en richesse durable pour sa population.

C’est le principal enseignement du rapport final de la table ronde consacrée au lithium en RDC, organisée les 25 et 26 mars 2026 à Kinshasa par l’ONG Resource Matters. Intitulé « Le lithium en RDC : sécuriser l’investissement, renforcer la gouvernance et bâtir une prospérité locale durable », le document, publié en mai 2026, formule une série de recommandations destinées aux autorités publiques, aux investisseurs et aux autres parties prenantes.

Au cœur des préoccupations figure le gisement de Manono, dans la province du Tanganyika, dont le développement représente une opportunité économique importante, mais aussi un test pour la gouvernance des ressources naturelles en RDC.

Manono, une opportunité économique à encadrer

Pour Resource Matters, le lithium pourrait contribuer à la diversification de l’économie congolaise, à la création d’emplois, au renforcement des budgets locaux et au transfert de compétences.

Mais l’organisation met en garde contre la répétition des faiblesses observées dans l’exploitation du cuivre et du cobalt : corruption, non-respect des règles, redistribution insuffisante des revenus et marginalisation des communautés riveraines.

La question n’est donc pas uniquement de savoir combien de tonnes de lithium la RDC pourra produire ou exporter. Elle consiste aussi à déterminer quelle part de la valeur créée restera dans le pays et comment elle bénéficiera aux populations concernées.

Le rapport souligne que cette ambition suppose un cadre réglementaire appliqué avec rigueur, un climat des affaires assaini et des engagements précis des investisseurs, notamment en matière de formation et de partenariats technologiques.

Transparence des contrats : le premier chantier

La gouvernance constitue l’un des principaux défis identifiés par les participants à la table ronde.

Le rapport relève plusieurs risques : l’opacité dans l’octroi des titres miniers, la faible publication des informations, des procédures insuffisamment numérisées et l’absence d’un registre public permettant d’identifier clairement les bénéficiaires effectifs des entreprises.

Pour y remédier, Resource Matters recommande la digitalisation des procédures d’attribution des titres miniers afin d’améliorer leur traçabilité et de limiter les risques de fraude.

L’organisation préconise également la publication systématique et en libre accès des contrats miniers, de leurs avenants ainsi que des études d’impact environnemental et social.

Ces documents devraient être accessibles aux niveaux national, provincial et local, afin de permettre aux citoyens, aux organisations de la société civile et aux communautés de suivre les engagements pris par les entreprises et les autorités.

Le rapport insiste par ailleurs sur la nécessité de renforcer la protection des lanceurs d’alerte et d’institutionnaliser un dialogue permanent entre l’État, les entreprises, la société civile et les populations locales.

Éviter les conflits sociaux et les dégâts environnementaux

L’expérience du cuivre et du cobalt constitue, selon le rapport, un avertissement pour le développement de la filière lithium.

Resource Matters évoque notamment les délocalisations réalisées sans respect du cadre légal, les tensions sociales qui en découlent et la faible participation des communautés aux décisions qui affectent leur territoire.

Les risques environnementaux sont également mis en avant. La pollution de l’eau et de l’air, conjuguée à la faible transparence sur les études d’impact et sur l’application des mesures d’atténuation, peut fragiliser durablement les populations.

Pour prévenir ces dérives à Manono, le rapport recommande que toute délocalisation respecte strictement les normes légales et soit précédée d’une consultation effective des habitants et de la société civile.

Il demande aussi la publication en ligne des études d’impact et des plans de gestion environnementale et sociale, accompagnés de versions simplifiées accessibles aux communautés.

L’objectif est de permettre aux populations de comprendre les conséquences des projets miniers, de participer aux décisions et de demander des comptes aux différents acteurs.

Transformer le lithium sur le sol congolais

Au-delà de la gouvernance, l’industrialisation constitue l’un des enjeux majeurs du rapport.

Resource Matters estime que l’exportation de minerais bruts limite les retombées économiques et sociales pour la RDC. Le développement du lithium devrait donc s’inscrire dans une stratégie progressive de transformation locale, de création d’emplois qualifiés et de développement d’industries connexes.

Le rapport recommande d’intégrer des exigences contraignantes de transformation locale dans les permis d’exploitation.

Il évoque également le développement des zones économiques spéciales, notamment à Musompo, comme un moyen d’attirer des investisseurs et de structurer une chaîne de valeur locale.

Toutefois, cette ambition industrielle se heurte à un obstacle majeur : le déficit énergétique.

À Manono, l’insuffisance de l’approvisionnement en électricité constitue un frein au développement des mines, des unités de transformation et des activités économiques. La réhabilitation de la centrale de Mpiana Mwanga est présentée comme un premier pas, mais le rapport estime qu’elle doit s’inscrire dans un plan d’électrification plus global, associant les secteurs public et privé.

La transformation locale devra également être progressive, en privilégiant dans un premier temps des procédés techniquement accessibles et en renforçant la formation professionnelle.

Quels investisseurs pour le lithium congolais ?

Dans un contexte de concurrence internationale autour des minerais critiques, la RDC doit aussi définir les conditions auxquelles elle souhaite accueillir ses partenaires.

Resource Matters recommande de sélectionner les investisseurs sur la base de critères clairs : capacités financières, expertise technique, exigences éthiques et contribution au développement local.

Les partenaires étrangers ne devraient pas se limiter à l’extraction et à l’exportation du minerai. Le rapport les invite à s’engager dans des projets industriels et technologiques créateurs de valeur sur le territoire congolais.

Il préconise également des procédures transparentes pour la conclusion des accords, accompagnées d’une vérification approfondie des partenaires.

La stabilité du cadre fiscal et réglementaire, la sécurité juridique et la prévisibilité des procédures sont présentées comme des conditions nécessaires pour attirer des investissements durables, sans renoncer aux intérêts de l’État.

Une feuille de route étalée sur quinze ans

Le rapport propose un calendrier progressif pour passer des recommandations aux réalisations concrètes.

À court terme, sur une à deux années, les priorités portent sur la numérisation des procédures d’octroi des licences, la publication des documents contractuels, le renforcement des administrations et la protection des lanceurs d’alerte. Le document prévoit également des campagnes de sensibilisation, des espaces réguliers de dialogue et un mécanisme institutionnel chargé de suivre la mise en œuvre des recommandations.

À moyen terme, sur trois à cinq ans, l’accent doit être mis sur la stabilisation du cadre réglementaire et fiscal, la définition de critères transparents de sélection des partenaires, le développement de solutions énergétiques adaptées à Manono et le renforcement des formations techniques et professionnelles.

À long terme, sur cinq à quinze ans, les permis miniers devraient être assortis d’engagements précis en matière de transformation locale et de création d’emplois. Le rapport préconise aussi de consolider les zones économiques spéciales et de diversifier l’économie, notamment dans l’agriculture et le tourisme.

Cette diversification est essentielle pour éviter que les territoires concernés ne deviennent entièrement dépendants de l’exploitation minière.

De Kinshasa à Manono : le défi de la mise en œuvre

La table ronde de mars 2026 avait réuni des représentants des pouvoirs publics, des partenaires internationaux, de la société civile et des communautés de Manono. Le rapport précise que les entreprises privées invitées n’avaient pas participé aux échanges.

Parmi les suites envisagées figurait l’organisation d’une rencontre décentralisée à Manono, afin d’élargir la participation locale et de renforcer l’appropriation des projets par les populations.

Le 25 septembre 2026, Resource Matters a organisé à Manono un atelier de restitution de cette table ronde. Cette étape devait permettre de porter les réflexions stratégiques au plus près du territoire concerné par le développement du lithium.

Reste désormais la question essentielle : comment traduire les recommandations en décisions, en investissements et en mécanismes de contrôle effectifs ?

La publication des contrats, la mise en place d’un suivi indépendant, l’accès à l’électricité, la formation de la main-d’œuvre locale et la participation des communautés constitueront des indicateurs concrets pour évaluer les progrès réalisés.

Le lithium de Manono représente une opportunité pour la RDC, mais son potentiel ne garantit pas, à lui seul, le développement. La réussite de cette filière dépendra de la capacité des autorités et des investisseurs à transformer les engagements en réalisations vérifiables, au bénéfice de l’État et des populations.

Pour Manono, l’enjeu dépasse ainsi l’ouverture d’une nouvelle activité minière : il s’agit de savoir si cette richesse contribuera à bâtir une économie locale diversifiée, productive et durable.

Source : Resource Matters, « Le lithium en RDC – Rapport final de la table ronde », mai 2026.

Document de référence : https://www.resourcematters.org/app/uploads/2026/05/Rapport-final-de-la-table-ronde-Lithium.pdf

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