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RDC : Au-delà du zinc, le germanium et le gallium — Robert Friedland veut placer Kipushi au cœur du « Project Vault », la réserve stratégique de minerais des États-Unis

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Robert Friedland, fondateur et président exécutif d’Ivanhoe Mines

Kiki Kienge

La mine de Kipushi, dans le sud-est de la République démocratique du Congo, pourrait prendre une nouvelle dimension stratégique dans la bataille mondiale pour les minerais critiques. Robert Friedland, fondateur et président exécutif d’Ivanhoe Mines, cherche à positionner le gisement congolais au cœur de la nouvelle politique américaine de sécurisation des approvisionnements en minerais stratégiques.

Dans un message publié récemment, Friedland a mis en avant les concentrations de germanium et de gallium présentes dans le gisement de Kipushi, au-delà de sa production de zinc. Il a également souligné la volonté d’Ivanhoe de contribuer à la reconstruction des chaînes d’approvisionnement américaines en minerais critiques.

Cette déclaration intervient alors que l’administration de Donald Trump a lancé Project Vault, une initiative destinée à constituer une réserve nationale américaine de minerais critiques, avec un dispositif de financement pouvant atteindre 12 milliards de dollars, dont jusqu’à 10 milliards de dollars de financement de l’Export-Import Bank américaine et des capitaux privés.

Friedland avait participé au lancement du programme à la Maison-Blanche, illustrant l’intérêt croissant de Washington pour les producteurs occidentaux et alliés capables de fournir des matières premières stratégiques.

Kipushi, un gisement bien plus riche que son zinc

Kipushi est avant tout connue pour ses teneurs exceptionnellement élevées en zinc. La mine, exploitée par Ivanhoe Mines avec la société publique congolaise Gécamines, a repris sa production en 2024.

Mais le gisement renferme également du germanium et du gallium, deux métaux dont l’importance dépasse largement le secteur minier.

Le germanium est utilisé notamment dans les fibres optiques, certains composants électroniques, les systèmes de vision nocturne et des applications solaires.

Le gallium est, lui, essentiel à plusieurs technologies de pointe, notamment certains semi-conducteurs, les LED et des composants utilisés dans les télécommunications et les systèmes électroniques avancés.

Selon Ivanhoe, des analyses de concentrés de Kipushi ont montré des concentrations pouvant atteindre 90 grammes de germanium par tonne et 70 grammes de gallium par tonne.

L’entreprise travaille désormais à déterminer comment récupérer commercialement ces deux métaux contenus dans le concentré de zinc.

Une ressource congolaise dans la stratégie américaine

L’intérêt de Washington pour Kipushi s’inscrit dans un contexte de forte compétition internationale autour des chaînes d’approvisionnement en minerais critiques.

Les États-Unis cherchent notamment à réduire leur dépendance à des chaînes de production dominées par la Chine pour plusieurs matières premières stratégiques.

Le Project Vault doit permettre aux États-Unis de constituer des stocks stratégiques tout en mobilisant des capitaux privés afin de sécuriser l’approvisionnement de leur industrie.

Pour Ivanhoe, Kipushi offre donc une opportunité de s’inscrire dans cette nouvelle architecture.

Le groupe minier ne présente toutefois pas encore Kipushi comme une importante source commerciale américaine de gallium ou de germanium. Leur récupération reste un axe de développement. L’enjeu consiste précisément à transformer les concentrations présentes dans le minerai en produits commercialisables.

La Gécamines face à un nouvel enjeu stratégique

La mine de Kipushi est détenue à 62 % par Ivanhoe Mines et 38 % par Gécamines.

Cette participation donne à la RDC une place directe dans un projet qui pourrait progressivement dépasser la simple production de zinc pour devenir un actif stratégique dans les chaînes mondiales des minerais critiques.

Pour Kinshasa, l’enjeu sera donc de savoir comment tirer davantage de valeur de ces ressources.

Car derrière le zinc se profile une question plus importante : qui contrôlera la récupération, la transformation et la commercialisation du germanium et du gallium de Kipushi ?

La réponse pourrait déterminer une partie de la valeur stratégique que la RDC sera capable de capter.

De Kipushi à Washington

Le message de Robert Friedland traduit une ambition claire : faire de Kipushi non seulement une grande mine de zinc, mais également un maillon potentiel des chaînes d’approvisionnement occidentales en minerais critiques.

Pour les États-Unis, l’intérêt est de diversifier leurs sources d’approvisionnement.

Pour Ivanhoe, il s’agit de trouver des débouchés stratégiques pour les différents métaux contenus dans ses gisements.

Pour la RDC, l’opportunité est plus large : transformer son avantage géologique en levier industriel, économique et géopolitique.

Kipushi illustre ainsi la nouvelle réalité du marché mondial des minerais : la valeur d’une mine ne se mesure plus uniquement au métal qu’elle produit en quantité, mais aussi aux métaux stratégiques qu’elle peut permettre de récupérer.

Et dans cette nouvelle compétition, le germanium et le gallium pourraient donner à Kipushi une importance bien supérieure à celle d’une simple mine de zinc congolaise.

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