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RDC–États-Unis : si les démocrates reprennent le Congrès, l’accord minier de Trump pourrait-il être retouché ?

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Signature de l'accord USA/RDC

Kiki Kienge

Le débat politique américain autour des minerais critiques pourrait rapidement devenir un enjeu pour la République démocratique du Congo. Alors que les élections de mi-mandat de novembre 2026 pourraient modifier l’équilibre des forces au Congrès, une question se pose : une éventuelle victoire démocrate conduirait-elle à remettre en cause le partenariat stratégique conclu entre Washington et Kinshasa ?

La réponse pourrait être plus nuancée qu’une simple remise en cause de l’accord.

Le 17 août, 54 élus démocrates de la Chambre des représentants ont demandé à l’administration Trump davantage de transparence sur les accords internationaux portant sur les minerais critiques. Leur critique ne vise pas uniquement la RDC, mais l’accord américano-congolais figure explicitement parmi les dossiers qui les préoccupent.

Les démocrates contestent surtout la méthode de Trump

Dans leur lettre adressée aux responsables américains du Commerce, des Affaires étrangères et des Finances, les élus démocrates affirment soutenir l’objectif de sécuriser les chaînes d’approvisionnement américaines et de réduire la dépendance à la Chine.

Mais ils dénoncent le manque de transparence, l’insuffisance des garanties concernant les droits humains et l’environnement ainsi que le manque de contrôle du Congrès.

Concernant la RDC, ils rappellent qu’une précédente demande d’informations adressée à l’administration américaine sur les négociations avec Kinshasa était restée sans réponse.

Ils s’inquiètent désormais davantage du Strategic Partnership Agreement, signé entre les États-Unis et la RDC sous l’administration Trump.

L’accord prévoit notamment un accès préférentiel aux projets stratégiques congolais pour les entreprises américaines. Le mécanisme prévoit un « droit de première offre » pour les entreprises américaines sur certains projets, avant que d’autres investisseurs dits « alignés » puissent être sollicités.

Abandonner l’accord ? Peu probable

C’est ici que la lecture politique devient importante.

Il serait probablement excessif de considérer qu’une victoire démocrate signifierait automatiquement la fin du partenariat minier entre Washington et Kinshasa.

Pourquoi ?

Parce que l’intérêt américain pour les minerais critiques congolais dépasse largement Donald Trump.

Depuis plusieurs années, Washington cherche à diversifier ses chaînes d’approvisionnement en cuivre, cobalt et autres minerais stratégiques afin de réduire sa dépendance à l’égard de la Chine.

Sous l’administration Biden déjà, les États-Unis avaient soutenu la coopération entre la RDC et la Zambie autour d’une chaîne de valeur des batteries électriques et défendu l’idée que davantage de valeur soit créée en Afrique.

Autrement dit, Trump n’a pas inventé l’intérêt américain pour le sous-sol congolais. Il l’a accéléré, durci et transformé en instrument de sa politique commerciale et géopolitique.

Mais les démocrates pourraient vouloir « détrumpiser » l’accord

C’est probablement là que se situe le véritable risque pour l’administration congolaise.

Si les démocrates reprennent le contrôle de la Chambre et éventuellement du Sénat, ils pourraient chercher à examiner, encadrer ou modifier certaines modalités des accords conclus par Trump.

Le débat pourrait alors porter sur plusieurs points : contrôle du Congrès, transparence des contrats, garanties environnementales et sociales, financement public américain, conflits d’intérêts et conditions d’accès des entreprises américaines aux ressources congolaises.

Les 54 élus démocrates demandent précisément que les accords sur les minerais critiques respectent la souveraineté des pays partenaires et permettent davantage de transformation locale et de création de valeur dans les pays producteurs.

Ce dernier point est particulièrement intéressant pour Kinshasa.

Le cobalt congolais : un intérêt bipartisan ?

La RDC possède un argument difficile à contourner : ses ressources minières sont devenues essentielles dans la compétition mondiale pour les chaînes d’approvisionnement stratégiques.

Les États-Unis veulent réduire leur dépendance à la Chine. La RDC veut attirer les investissements américains tout en obtenant davantage de transformation locale.

Les intérêts peuvent donc se rejoindre.

Mais la question fondamentale reste : qui captera la plus grande partie de la valeur créée par ces minerais ?

Le partenariat américano-congolais prévoit lui-même des projets destinés à favoriser la transformation industrielle et les infrastructures en RDC.

Pour Kinshasa, l’enjeu ne devrait donc pas être de choisir entre démocrates et républicains.

Kinshasa pourrait profiter de la bataille politique américaine

Si les démocrates remportaient les élections de novembre et entreprenaient de revoir certaines dispositions de la politique minière de Trump, Kinshasa pourrait transformer cette situation en levier de négociation.

Le gouvernement congolais pourrait notamment réclamer :

  • davantage de transformation des minerais en RDC ;
  • des investissements dans les infrastructures minières et énergétiques ;
  • davantage d’emplois qualifiés pour les Congolais ;
  • le transfert de technologies ;
  • une participation accrue des entreprises et capitaux congolais ;
  • davantage de transparence sur les bénéficiaires des accords ;
  • et une meilleure part de la valeur ajoutée pour l’économie congolaise.

Car si Washington considère le cobalt, le cuivre et d’autres minerais congolais comme des actifs stratégiques pour la sécurité économique américaine, Kinshasa devrait également les considérer comme des instruments de sa propre puissance économique.

Le véritable enjeu : l’après-Trump

Le débat américain pourrait donc produire un paradoxe.

Trump a réussi à placer la RDC au cœur de la nouvelle stratégie américaine sur les minerais critiques. Mais en présentant personnellement cet accord comme l’un de ses succès diplomatiques et économiques, il pourrait également avoir contribué à en faire une cible politique pour ses adversaires.

Les démocrates pourraient chercher moins à supprimer le partenariat qu’à le débarrasser de ce qui est perçu comme l’empreinte politique de Trump.

Le scénario le plus probable serait ainsi une continuité stratégique accompagnée d’un réexamen des règles : les États-Unis conserveraient leur intérêt pour les minerais congolais, mais les démocrates pourraient vouloir davantage de contrôle, de transparence et de garanties.

Pour la RDC, ce changement ne serait pas nécessairement une menace.

Il pourrait même constituer une opportunité.

Car entre Washington et Pékin, entre républicains et démocrates, le véritable pouvoir de négociation de Kinshasa réside dans une réalité simple : les minerais stratégiques appartiennent au Congo, et leur valeur ne devrait pas être déterminée uniquement par ceux qui cherchent à les acheter.

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