Kiki Kienge
Routes inachevées, forages controversés et un transfert de 5 millions de dollars : Justicia ASBL et l’Institut de recherche en droits humains (IRDH) demandent à la justice congolaise d’enquêter sur plusieurs opérations financières du Haut-Katanga et réclament un audit général des comptes de la province.
La gestion des finances publiques du Haut-Katanga se retrouve sous le regard de la justice. Deux organisations de la société civile, Justicia ASBL et l’Institut de recherche en droits humains (IRDH), ont saisi le procureur général près la Cour d’appel du Haut-Katanga afin de demander l’ouverture d’enquêtes sur plusieurs dossiers impliquant des fonds provinciaux.
Les deux organisations ne se limitent pas à une opération particulière. Elles demandent également un audit général des comptes de la province, afin de déterminer la destination des sommes décaissées et de vérifier si les travaux et fournitures financés correspondent effectivement aux dépenses enregistrées.
Des routes payées mais inachevées ?
Parmi les dossiers signalés figure celui de la route Kipopo–Tshamalale. Des fonds auraient été débloqués pour la construction d’environ 3,5 kilomètres de route. Selon les informations avancées par les organisations, seule une partie du projet aurait été exécutée avant l’arrêt du chantier.
Un autre dossier concerne une route à Inakiluba, dans le territoire de Kipushi. Environ 1,52 million de dollars auraient été décaissés en 2023 pour des travaux portant sur près de 19 kilomètres.
Justicia et l’IRDH demandent à la justice de vérifier l’utilisation de ces fonds et la réalité des travaux réalisés sur le terrain.
Plus de 240 000 dollars pour douze forages
Les organisations s’interrogent également sur un programme de douze forages de puits d’eau.
Plus de 240 000 dollars auraient été engagés entre 2023 et 2024, soit une moyenne d’environ 20 000 dollars par forage.
Ce montant ne constitue pas, à lui seul, la preuve d’une irrégularité : le coût d’un forage dépend notamment de sa profondeur, des équipements, du terrain et des infrastructures annexes. Justicia et l’IRDH souhaitent néanmoins que les enquêteurs vérifient les contrats, les factures, les entreprises bénéficiaires et les réalisations physiques.
Le mystérieux transfert de 5 millions de dollars
Mais c’est surtout une opération de 5 millions de dollars qui pourrait attirer l’attention.
Selon les informations avancées par les deux organisations, cette somme aurait été transférée en juin 2024 à Fish Eagle Limited, une entreprise présentée comme étant basée aux Seychelles.
Le transfert aurait été lié, selon les informations dont disposent les organisations, à une opération concernant notamment l’approvisionnement en farine de maïs.
Une série de questions devient dès lors incontournable : qui a autorisé le paiement de 5 millions de dollars ? Sur la base de quel contrat ? Quelle quantité de farine devait être achetée ? À quel prix ? La marchandise a-t-elle effectivement été livrée au Haut-Katanga ? Et qui sont les bénéficiaires effectifs de l’entreprise ayant reçu les fonds ?
Autant de questions auxquelles seule l’examen des contrats, des ordres de paiement, des documents bancaires, des factures et des preuves de livraison permettra de répondre.
Justicia et l’IRDH veulent un audit général
Au-delà de ces différents dossiers, les deux organisations demandent donc une investigation plus large sur la gestion des ressources financières de la province.
Une telle procédure permettrait notamment de confronter les montants effectivement sortis du Trésor provincial aux ouvrages réalisés et aux marchandises réellement livrées.
Il appartiendra désormais aux autorités judiciaires de déterminer si les éléments transmis justifient l’ouverture d’enquêtes et, le cas échéant, d’établir d’éventuelles responsabilités.
Il est également essentiel que les responsables provinciaux et les entreprises citées puissent présenter leurs contrats, justificatifs et explications.
Car, à ce stade, la saisine de la justice et les soupçons formulés par les organisations ne constituent pas une preuve de détournement.
Mais une question demeure et mérite une réponse publique :
où est allé l’argent du Haut-Katanga et qu’a-t-il réellement financé ?
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