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Kenya : Ruto ouvre-t-il la boîte de Pandore de la xénophobie importée d’Afrique du Sud ?

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Des attaques xénophobes gagnent Johannesburg |

Kiki Kienge

Et si le spectre de la xénophobie sud-africaine venait de franchir les frontières pour s’installer au Kenya ?

La question n’est plus théorique.

Depuis l’annonce de William Ruto visant les étrangers exerçant des activités commerciales à petite échelle sans permis de travail, l’inquiétude s’est propagée jusque dans les communautés étrangères. Et les Burundais semblent aujourd’hui en première ligne.

Lundi 7 septembre, des centaines de ressortissants burundais se sont massés devant leur ambassade à Nairobi, certains avec leurs valises, à la recherche de documents de voyage pour rentrer au Burundi. Plusieurs ont expliqué avoir reçu des menaces de la part de voisins depuis les déclarations de Ruto.

Le gouvernement kényan affirme pourtant que la mesure vise les étrangers sans permis de travail, et non tous les étrangers. Nairobi a même annoncé une amnistie temporaire destinée notamment aux ressortissants est-africains sans papiers, afin de calmer les tensions et d’éviter les actes de harcèlement et de xénophobie.

Mais le mal est peut-être déjà fait.

Quand le discours politique change le regard sur l’étranger

Le problème n’est pas qu’un État veuille contrôler son marché du travail.

Le problème commence lorsque l’étranger devient le responsable désigné des difficultés économiques nationales.

C’est précisément ce mécanisme qui a nourri, en Afrique du Sud, certaines des campagnes les plus violentes contre les immigrés africains : chômage, pauvreté, concurrence commerciale, sentiment d’abandon et discours politique désignant l’étranger comme celui qui « prend la place » du citoyen.

Au Kenya, les premiers signaux sont inquiétants.

Des images diffusées depuis Nakuru montrent notamment des jeunes s’en prendre à des commerçants étrangers et les pousser à quitter leurs activités, alimentant déjà les comparaisons avec l’Afrique du Sud.

Le gouvernement de Nairobi peut-il contrôler la colère qu’il contribue à alimenter ?

Le paradoxe de l’Afrique de l’Est

La situation est d’autant plus explosive que le Kenya appartient à la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), un espace qui prétend favoriser la circulation des personnes, des travailleurs et des marchandises.

Or voilà que des Burundais, citoyens d’un pays voisin, font la queue devant leur ambassade avec la peur de devoir quitter le Kenya.

Un symbole particulièrement brutal.

Car si l’intégration régionale signifie la libre circulation lorsque l’économie va bien, mais la fermeture des frontières et la chasse aux petits commerçants étrangers lorsque la colère monte, quelle réalité reste-t-il du rêve est-africain ?

Ruto joue avec le feu

William Ruto cherche à répondre à une colère bien réelle des commerçants kényans. Mais en désignant les petits entrepreneurs étrangers comme une partie du problème, il prend le risque de transformer une question économique et administrative en question identitaire.

Et une question identitaire est beaucoup plus difficile à contrôler.

Le gouvernement kényan tente aujourd’hui de rassurer. Le secrétaire permanent aux Affaires étrangères, Korir Sing’Oei, a notamment rejeté l’idée d’une interdiction générale visant les commerçants étrangers.

Mais des voix kényanes accusent déjà le pouvoir de favoriser une forme de xénophobie et de chercher un bouc émissaire aux difficultés économiques du pays. L’ancienne ministre Martha Karua a notamment dénoncé une politique qu’elle considère comme discriminatoire.

L’Afrique du Sud comme avertissement

Le Kenya n’est pas encore l’Afrique du Sud.

Il n’y a pas, à ce stade, de preuve d’une vague généralisée de violences xénophobes contre les étrangers.

Mais l’histoire récente de l’Afrique du Sud devrait justement servir d’avertissement.

Car la xénophobie ne commence pas nécessairement par des morts dans les rues.

Elle peut commencer par une phrase.

Puis une politique.

Puis un commerçant étranger chassé de son étal.

Puis un voisin qui menace une famille.

Puis une foule qui décide qu’elle a désormais le droit de faire justice elle-même.

C’est ainsi que la boîte de Pandore s’ouvre.

Et une fois ouverte, il est souvent beaucoup plus difficile de la refermer.

🇰🇪 Le Kenya doit choisir

Protéger les travailleurs et les petits commerçants kényans est une politique légitime.

Faire de l’étranger un bouc émissaire ne l’est pas.

Le Kenya a encore la possibilité de tracer cette ligne clairement.

Car derrière les files de Burundais devant leur ambassade se trouve une question qui dépasse largement Nairobi :

L’Afrique de l’Est va-t-elle construire un espace d’intégration régionale… ou reproduire, à son tour, les réflexes de rejet qui ont déjà fait tant de dégâts ailleurs sur le continent ?

Le Kenya n’est pas encore tombé dans la fièvre xénophobe.

Mais William Ruto vient peut-être d’allumer une allumette dans une pièce où l’essence est déjà répandue.

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