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RDC : la stratégie américaine sur les minerais critiques risque-t-elle de laisser le Congo à la porte de la valorisation industrielle ?

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Accord minier USA/RDC

Kiki Kienge

WASHINGTON/KINSHASA — La course mondiale aux minerais critiques s’accélère et la République démocratique du Congo pourrait se retrouver face à un paradoxe : disposer d’une partie des ressources les plus convoitées au monde tout en restant cantonnée à l’exportation de matières premières, alors que les grandes puissances cherchent à contrôler les étapes les plus rentables de leur transformation.

L’administration du président américain Donald Trump a placé les minerais critiques au cœur de sa politique de sécurité économique et industrielle. Washington veut augmenter la production américaine, mais aussi sécuriser ses approvisionnements auprès de pays considérés comme des partenaires stratégiques.

Dans cette stratégie, les États-Unis ont conclu ou développé des cadres de coopération avec plusieurs alliés et partenaires, notamment l’Australie, le Japon, la Thaïlande, la Malaisie et l’Arabie saoudite. La Maison-Blanche affirme que ces accords doivent contribuer à diversifier les chaînes d’approvisionnement et à réduire la dépendance américaine vis-à-vis des pays considérés comme adversaires.

L’administration américaine cherche parallèlement à développer ses propres capacités minières et industrielles.

Le 20 juillet, Trump a ordonné que les chaînes d’approvisionnement liées aux matériaux critiques nécessaires à la défense américaine soient approvisionnées à partir de sources domestiques ou de pays alliés.

Cette politique donne une indication claire de la priorité de Washington : le minerai ne suffit plus. La maîtrise du raffinage, de la transformation et des produits industriels dérivés devient elle-même un enjeu de sécurité nationale.

Le risque pour la RDC

Pour la RDC, deuxième producteur mondial de cuivre et premier producteur mondial de cobalt, cette évolution constitue à la fois une opportunité et un risque.

Le risque est que le pays continue à exporter principalement du minerai, des concentrés ou des produits semi-transformés pendant que la valeur ajoutée est captée ailleurs.

Le schéma serait alors le suivant :

RDC : extraction → exportation

États-Unis, Chine, Japon, autres puissances : raffinage → transformation → technologie → produits industriels.

Une telle configuration laisserait au Congo une part importante de la rente minière, mais une part beaucoup plus faible de la valeur créée en aval.

Ce risque est d’autant plus important que Washington encourage désormais explicitement le développement de chaînes d’approvisionnement intégrant l’extraction, la séparation et le traitement des minerais critiques. L’accord américano-japonais de 2025 prévoit par exemple une coopération couvrant aussi bien les minerais bruts que les minerais transformés et les opérations de séparation et de traitement.

L’Australie comme modèle ?

L’Australie illustre la logique poursuivie par Washington.

En octobre 2025, les États-Unis et l’Australie ont conclu un cadre destiné à accélérer les investissements dans les minerais critiques. Washington et Canberra avaient alors prévu de mobiliser plus de 3 milliards de dollars pour des projets dans les six mois suivants, tandis que l’Export-Import Bank américaine annonçait plus de 2,2 milliards de dollars de lettres d’intérêt pour des projets liés aux minerais critiques et aux chaînes d’approvisionnement.

En août 2026, l’administration Trump a encore renforcé cette coopération, notamment avec un investissement américain de plusieurs centaines de millions de dollars dans le projet de scandium de Sunrise Energy Metals en Australie.

L’objectif n’est pas simplement d’acheter du minerai australien. Washington veut contribuer à la construction d’une chaîne de valeur sécurisée, depuis l’exploitation minière jusqu’à la transformation nécessaire à l’industrie américaine.

Et la RDC ?

La question qui se pose à Kinshasa est donc moins de savoir si les États-Unis « ignorent » la RDC que de savoir si le Congo est capable de proposer aux Américains une véritable chaîne industrielle.

Washington n’a pas annoncé d’exclusion formelle de la RDC de sa stratégie sur les minerais critiques. Au contraire, la politique américaine laisse la porte ouverte aux sources provenant de pays partenaires.

Mais les accords actuellement mis en avant par Washington montrent une préférence pour des partenaires capables de contribuer à des chaînes d’approvisionnement diversifiées et sécurisées, y compris dans le traitement et la transformation.

La RDC dispose précisément des ressources recherchées : cobalt, cuivre et plusieurs autres minerais stratégiques.

Mais elle doit encore renforcer considérablement ses capacités industrielles en aval.

C’est là que se situe le véritable enjeu.

Si le Congo fournit uniquement le minerai, il restera fournisseur.

S’il construit une capacité de raffinage et de transformation compétitive, il peut devenir un partenaire industriel stratégique.

La Chine dans l’équation

Cette bataille se déroule également sur fond de concurrence avec la Chine, qui possède une position dominante dans plusieurs étapes de transformation des minerais critiques.

Washington tente désormais de construire des chaînes alternatives avec ses alliés et partenaires. En février 2026, le représentant américain au Commerce a ainsi lancé les travaux préparatoires à un accord plurilatéral sur le commerce des minerais critiques, destiné notamment à renforcer les chaînes d’approvisionnement et les industries situées en aval.

Pour Kinshasa, cette rivalité pourrait pourtant représenter une opportunité.

La concurrence entre Washington, Pékin, Tokyo, Bruxelles et d’autres puissances pourrait permettre à la RDC de négocier de meilleures conditions, à condition que le pays ne se contente pas de vendre ses ressources.

Le véritable test pour Kinshasa

La question centrale n’est donc plus seulement :

« Qui achètera le cobalt et le cuivre congolais ? »

Elle devient :

« Qui construira les usines qui transformeront le cobalt et le cuivre congolais ? »

La réponse déterminera une grande partie de la place de la RDC dans la nouvelle économie mondiale des minerais critiques.

Pour Washington, le minerai est désormais une question de défense, de technologie et de souveraineté industrielle.

Pour Kinshasa, le défi est de faire en sorte que la richesse géologique du Congo ne reste pas à l’état de richesse géologique.

Car dans la nouvelle bataille mondiale des minerais critiques, le pays qui extrait n’est pas nécessairement celui qui gagne le plus. Celui qui maîtrise la transformation et la technologie capte une part beaucoup plus importante de la valeur.

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