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RDC : Kibassa, président unique, Ngalula, inspirateur, Makanda, nominateur : à la genèse oubliée ou mal interprétée de l’UDPS.

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UDPS originel

Kiki Kienge

Introduction

L’histoire politique de la République démocratique du Congo a progressivement associé la naissance de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) à la figure d’Étienne Tshisekedi wa Mulumba. Cette représentation, largement diffusée dans le discours politique contemporain, tend cependant à occulter le caractère collectif de la fondation du parti ainsi que le rôle déterminant joué par d’autres acteurs du groupe des treize parlementaires.

À partir du témoignage de plusieurs fondateurs et du récit de Thomas Luhaka, il apparaît nécessaire de revisiter les circonstances ayant conduit à la création de l’UDPS afin de mieux identifier les responsabilités respectives de ses principaux initiateurs. Cette relecture met particulièrement en lumière trois personnalités dont la contribution semble avoir été progressivement marginalisée dans la mémoire politique congolaise : Joseph Ngalula Mpanda-Njila, Frédéric Kibassa Maliba et Anaclet Makanda Mpinga.

La contestation du régime mobutiste : l’expérience fondatrice des treize parlementaires

L’origine de l’UDPS remonte à la lettre ouverte adressée le 1er novembre 1980 au président Mobutu Sese Seko par treize commissaires du peuple membres du MPR. Ce document dénonçait les dérives autoritaires du parti-État et appelait à une démocratisation des institutions.

L’importance historique de cette initiative réside dans le fait qu’elle constitue la première contestation organisée du régime émanant de l’intérieur même de ses structures politiques.

Toutefois, la dynamique de contestation ne naît pas spontanément avec la lettre des treize. Selon Thomas Luhaka, Frédéric Kibassa Maliba avait déjà, dès décembre 1979, exprimé publiquement son refus de cautionner davantage les dérives du système en déclarant :

« Je refuse de continuer de ramper au risque de tout perdre, même le peu de fierté personnelle qui me reste. J’exige la démocratisation des institutions de la République. »

Cette prise de position, antérieure à la lettre des treize parlementaires, permet de considérer Kibassa comme l’un des premiers artisans de la dissidence interne au sein du MPR.

Joseph Ngalula et la formulation de l’idée fondatrice

L’année 1981 constitue un tournant décisif. Après leur relégation politique puis leur amnistie, les treize parlementaires reprennent le dialogue avec les autorités du régime.

Les négociations révèlent rapidement leur caractère stérile. Les dirigeants du MPR exigent le retour à la discipline partisane tandis que les dissidents réclament une réforme profonde du système politique.

C’est dans ce contexte que Joseph Ngalula, doyen du groupe et figure respectée de l’opposition, formule ce qui apparaît comme l’acte intellectuel fondateur de l’UDPS.

Lors d’une réunion tenue le 15 janvier 1982 à la résidence de Frédéric Kibassa Maliba, Ngalula avance l’idée qu’une rupture organisationnelle avec le MPR est devenue indispensable :

« Sinon nous serons toujours tenus par la discipline de ce parti. »

Cette proposition marque une rupture fondamentale. Pour la première fois, l’objectif n’est plus de réformer le MPR de l’intérieur mais de construire une organisation politique autonome.

Sous cet angle, Joseph Ngalula apparaît comme l’inspirateur direct de la création du futur parti.

Anaclet Makanda et la naissance de l’identité politique de l’UDPS

Une fois acquise la décision de créer un nouveau parti, se pose la question de son identité.

Les témoignages concordent pour attribuer à Anaclet Makanda Mpinga la paternité de l’appellation qui allait entrer dans l’histoire politique congolaise.

C’est en effet Makanda qui propose la dénomination :

Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS).

Le choix est immédiatement adopté par les autres fondateurs.

Loin d’être un détail symbolique, cette contribution participe à la définition même du projet politique porté par le nouveau mouvement. À travers cette appellation, les fondateurs associent explicitement la revendication démocratique à une ambition de progrès social, donnant ainsi au parti son identité doctrinale originelle.

Frédéric Kibassa Maliba : premier et unique président de l’UDPS fondatrice

La question du leadership constitue l’un des aspects les plus significatifs de cette séquence historique.

Contrairement à une lecture rétrospective souvent dominante, les fondateurs ne choisissent pas Étienne Tshisekedi pour diriger la nouvelle formation politique.

Leur choix se porte sur Frédéric Kibassa Maliba.

Plusieurs facteurs expliquent cette désignation :

son rôle antérieur dans la contestation du régime ;

son statut de porte-parole du groupe ;

sa position hiérarchique au sein des structures du MPR ;

sa capacité à concilier les différentes sensibilités présentes parmi les fondateurs.

Thomas Luhaka souligne également que cette désignation permettait de neutraliser les rivalités de leadership susceptibles d’opposer certaines figures majeures du groupe.

Ainsi, au moment de sa création, l’UDPS est placée sous la direction de Kibassa Maliba.

D’un point de vue strictement historique, celui-ci apparaît comme le premier président de l’UDPS et, si l’on considère uniquement la phase fondatrice du mouvement, comme le seul président de l’UDPS originelle née de la volonté collective des treize parlementaires.

La place d’Étienne Tshisekedi dans l’UDPS des origines

Cette relecture n’a pas pour objectif de minimiser le rôle historique joué ultérieurement par Étienne Tshisekedi.

Son engagement dans l’opposition, son influence sur plusieurs générations de militants et sa contribution à la survie du parti durant les décennies suivantes sont des faits largement établis.

En revanche, l’examen des événements fondateurs de janvier-février 1982 conduit à distinguer clairement deux réalités historiques :

l’UDPS de la fondation, conçue collectivement par les treize parlementaires ;

l’UDPS/Tshisekedi devenue progressivement, au fil des années, un mouvement fortement identifié à la personnalité d’Étienne Tshisekedi.

Cette distinction permet de mieux comprendre comment la mémoire politique a parfois eu tendance à confondre le rôle de principal dirigeant historique du parti avec celui de principal artisan de sa création.

Les sources examinées suggèrent que, dans la séquence précise de la fondation, les initiatives décisives reviennent davantage à Ngalula pour l’idée, à Makanda pour la dénomination et à Kibassa pour la direction politique initiale.

Conclusion

L’histoire de la création de l’UDPS invite à dépasser les lectures personnalisées de la lutte démocratique congolaise.

Les témoignages des fondateurs mettent en évidence une œuvre collective dans laquelle Joseph Ngalula apparaît comme l’inspirateur du projet, Anaclet Makanda comme le créateur de son identité nominale et Frédéric Kibassa Maliba comme son premier président.

Cette approche ne remet pas en cause l’importance historique acquise par Étienne Tshisekedi au cours des décennies suivantes. Elle vise plutôt à restituer la pluralité des acteurs ayant participé à la naissance de l’un des principaux mouvements politiques de l’histoire contemporaine du Congo.

La réhabilitation de ces contributions oubliées constitue ainsi une exigence de rigueur historiographique autant qu’un devoir de mémoire envers les fondateurs de l’UDPS.

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