Kiki Kienge
Accord USA–RDC–Rwanda : échec ou impasse ? Kinshasa et Kigali se renvoient la responsabilité
Par Kiki Kienge
Moins d’un an après la signature en grande pompe de l’accord de Washington sous l’égide des États-Unis, la paix promise dans l’est de la RDC ressemble davantage à un bras de fer diplomatique qu’à une sortie de crise. Kinshasa et Kigali continuent de s’accuser mutuellement de violer leurs engagements, tandis que Washington peine à transformer son succès diplomatique en résultats concrets sur le terrain. (Wikipédia)
Une paix sur le papier
Le 27 juin 2025, la RDC et le Rwanda signaient à Washington un accord présenté comme historique. Parrainé par Donald Trump, Marco Rubio et Massad Boulos, il reposait sur un équilibre délicat : le retrait des forces rwandaises du territoire congolais, la neutralisation des FDLR par Kinshasa, la création d’un mécanisme conjoint de sécurité et, en arrière-plan, un vaste projet d’intégration économique autour des minerais stratégiques. (Wikipédia)
Kinshasa accuse Kigali
Pour les autorités congolaises, le principal obstacle demeure inchangé : le soutien présumé du Rwanda au M23.
Kinshasa affirme que les rebelles continuent de contrôler d’importants territoires dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, avec l’appui de Kigali. Les autorités congolaises estiment que le retrait militaire promis n’a jamais véritablement été exécuté et ont même saisi la Cour internationale de Justice contre le Rwanda. (Reuters)
Kigali renvoie la balle
Le Rwanda défend une lecture totalement différente.
Pour Kigali, la RDC n’a pas rempli son engagement essentiel : mettre fin à toute collaboration entre les FARDC et les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), groupe armé considéré comme une menace existentielle par les autorités rwandaises.
Selon Kigali, tant que cette menace subsistera, la question sécuritaire restera ouverte. Cette divergence constitue aujourd’hui le principal point de blocage de l’accord. (Wikipédia)
Washington entre frustration et perte de crédibilité
Les États-Unis avaient présenté cet accord comme une nouvelle approche diplomatique : paix contre investissements.
L’objectif était clair : sécuriser durablement l’accès aux minerais critiques congolais — cobalt, lithium, coltan, cuivre et terres rares — en créant un climat favorable aux investisseurs américains.
Or, l’absence de progrès fragilise aujourd’hui cette stratégie. Plusieurs analyses estiment que les deux capitales négocient désormais davantage pour préserver leur image auprès de Washington que pour appliquer réellement les engagements pris. (Stiftung Wissenschaft und Politik (SWP))
L’AFC/M23, le grand absent devenu acteur central
L’une des principales faiblesses de l’accord apparaît aujourd’hui évidente.
Le mouvement AFC/M23 n’était pas signataire du texte de Washington. Les discussions le concernant devaient se poursuivre parallèlement à Doha.
Sur le terrain pourtant, le mouvement reste un acteur militaire incontournable. Son contrôle de plusieurs zones stratégiques continue d’alimenter les tensions et réduit considérablement la portée de tout accord conclu uniquement entre Kinshasa et Kigali. (Wikipédia)
Échec ou simple impasse ?
Parler d’un échec définitif serait sans doute prématuré.
Les mécanismes diplomatiques existent encore et les États-Unis continuent officiellement de soutenir le processus. Mais la réalité est que les principaux engagements restent contestés, chaque partie estimant avoir fait sa part tandis que l’autre manque à ses obligations. (Wikipédia)
Cette logique de méfiance réciproque entretient une impasse politique qui éloigne chaque jour davantage la perspective d’une paix durable.
Une question dépasse désormais le conflit
Au-delà des accusations entre Kinshasa et Kigali, une interrogation s’impose.
Les États-Unis avaient fait du retour de la stabilité dans l’est de la RDC la condition préalable à leur stratégie d’investissement dans les minerais critiques africains.
Si les engagements restent lettre morte et que les combats persistent, Washington devra choisir entre accentuer les pressions sur les deux parties ou accepter que son initiative diplomatique perde progressivement toute crédibilité.
Car, en diplomatie comme en géopolitique, un accord qui n’est pas appliqué finit souvent par devenir un simple document d’archives.















