Kiki Kienge
Washington — 18 août 2026.
Le partenariat stratégique entre les États-Unis et la République démocratique du Congo sur les minerais critiques commence à susciter des interrogations jusque dans les rangs du Congrès américain.
Le 17 août, 54 élus démocrates de la Chambre des représentants ont adressé une lettre à plusieurs hauts responsables de l’administration Trump pour réclamer davantage de transparence et de garanties autour des accords internationaux portant sur les minerais critiques. La démarche a été menée par Jared Huffman, Linda Sánchez et Jonathan Jackson, avec 51 autres élus démocrates.
Leur inquiétude ne concerne pas uniquement la RDC. Elle porte plus largement sur la manière dont l’administration Trump négocie avec plusieurs pays des accords destinés à sécuriser l’approvisionnement américain en minerais stratégiques et à réduire la dépendance des États-Unis vis-à-vis de la Chine.
Mais la RDC occupe une place particulièrement sensible dans leur lettre.
Kinshasa directement dans le viseur
Les parlementaires américains rappellent qu’en août 2025, plus de 50 membres de la Chambre avaient déjà demandé au secrétaire d’État Marco Rubio des informations sur les négociations concernant un accord sur les minerais critiques avec la RDC.
Selon eux, cette demande est restée sans réponse.
Entre-temps, Washington et Kinshasa ont signé un Strategic Partnership Agreement (SPA) qui, selon les élus, accorde notamment aux entreprises américaines un « right of first offer », autrement dit un droit de première offre, sur certaines opportunités minières congolaises.
C’est précisément cette disposition qui mérite une attention particulière à Kinshasa.
Car derrière le vocabulaire diplomatique de « partenariat stratégique » se trouve une bataille beaucoup plus importante : qui aura accès aux minerais congolais, dans quelles conditions et qui captera la valeur créée ?
Le cobalt au cœur de la bataille
La RDC est devenue l’un des principaux terrains de la compétition mondiale pour les minerais critiques.
Le cobalt, en particulier, est essentiel à de nombreuses chaînes industrielles liées aux batteries et aux technologies avancées. La domination chinoise dans plusieurs étapes de la chaîne d’approvisionnement pousse Washington à rechercher de nouvelles sources d’approvisionnement et de nouveaux corridors commerciaux.
Le corridor de Lobito, reliant les zones minières de la RDC et de la Zambie au port angolais de Lobito, est ainsi devenu un élément stratégique de cette nouvelle architecture minière. Les États-Unis et leurs partenaires cherchent à développer une route permettant notamment de transporter cuivre et cobalt vers les marchés internationaux sans dépendre des infrastructures contrôlées ou influencées par la Chine.
Cette compétition explique en grande partie l’intérêt américain croissant pour le sous-sol congolais.
Mais elle explique aussi les inquiétudes exprimées au Congrès.
« Qui profite réellement des accords ? »
Les 54 élus démocrates demandent des garanties sur plusieurs fronts : droits des travailleurs, droits humains, environnement, participation publique et contrôle du Congrès.
Ils estiment que les accords miniers ne doivent pas simplement permettre aux entreprises d’accéder aux ressources naturelles, mais doivent également garantir que les populations et les économies locales bénéficient de la transformation des minerais.
Cette question est particulièrement importante pour la RDC.
Le pays dispose d’une position exceptionnelle dans le secteur du cobalt et du cuivre, mais reste confronté au paradoxe d’une économie minière dont une grande partie de la valeur ajoutée est réalisée à l’extérieur du pays.
La question n’est donc plus seulement :
« Qui va exploiter le cobalt congolais ? »
Elle devient :
« Qui va contrôler la chaîne de valeur du cobalt congolais ? »
Washington contre Pékin… mais avec quelles règles ?
L’autre dimension de cette affaire est géopolitique.
Les élus américains reconnaissent eux-mêmes que les États-Unis doivent sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement et réduire leur dépendance vis-à-vis de la Chine.
Mais ils avertissent que la course aux minerais critiques ne doit pas conduire Washington à reproduire les mêmes modèles extractifs qu’il reproche à d’autres puissances.
Autrement dit, la compétition avec la Chine ne constitue pas, à leurs yeux, un blanc-seing pour conclure des accords opaques.
C’est un message important pour Kinshasa.
Car la RDC se retrouve aujourd’hui au centre d’une compétition entre plusieurs puissances économiques : Chine, États-Unis, Europe et autres acteurs internationaux cherchent tous à sécuriser leur accès aux ressources stratégiques du pays.
Reuters rapportait encore récemment que Kinshasa renforçait son contrôle sur les exportations de cuivre et de cobalt, notamment avec des mesures visant à favoriser davantage la transformation locale.
Une opportunité pour la RDC ?
La controverse américaine peut paradoxalement représenter une opportunité pour Kinshasa.
Si Washington veut réellement diversifier ses chaînes d’approvisionnement et concurrencer la Chine, la RDC dispose d’un puissant levier de négociation.
Kinshasa peut demander davantage que des investissements dans l’extraction.
Il peut négocier :
- la transformation locale du cobalt et du cuivre ;
- la création d’emplois industriels ;
- le transfert de technologies ;
- des infrastructures ;
- la participation du capital congolais ;
- davantage de transparence dans les contrats ;
- des mécanismes de contrôle parlementaire ;
- et surtout une part plus importante de la valeur ajoutée restant en RDC.
Le débat américain rappelle donc une chose essentielle : le cobalt congolais n’est plus simplement une ressource minière. C’est devenu un actif géopolitique.
Le véritable enjeu pour Tshisekedi
Pour Félix Tshisekedi, le défi sera de transformer cette concurrence entre puissances en avantage pour la RDC.
Washington veut sécuriser ses minerais.
Pékin veut conserver sa position dominante.
Bruxelles cherche à sécuriser ses chaînes d’approvisionnement.
Et Kinshasa doit éviter de devenir simplement le fournisseur de matières premières de l’un ou de l’autre.
La lettre des 54 parlementaires américains offre donc un signal politique intéressant : même aux États-Unis, certains élus veulent savoir dans quelles conditions l’Amérique obtient accès aux ressources congolaises et qui bénéficie réellement de ces accords.
Pour la RDC, la question devrait être encore plus exigeante :
Si le cobalt congolais est stratégique pour les États-Unis, pourquoi sa valeur stratégique ne devrait-elle pas également se traduire par une plus grande valeur économique pour les Congolais ?
C’est probablement là que se trouve le véritable rapport de force dans le nouveau partenariat minier entre Washington et Kinshasa.















