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RDC – Kinshasa : la militarisation de l’assainissement par le Service National, un gâchis économique pour pallier la défaillance de la gouvernance

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Félix-Antoine Tshisekedi, effectuant une visite d'inspection stratégique

Kiki Kienge

Faut-il remédier à l’incapacité de gouvernance des autorités de la ville de Kinshasa par la militarisation des services ? Si oui, pourquoi ne pas alors suspendre les financements publics accordés aux services et autorités devenus incapables d’accomplir leurs missions ?

C’est toute la contradiction du modèle actuel.

La décision de Félix Tshisekedi de mobiliser le Service national (SN) pour nettoyer Kinshasa répond à un problème réel : l’insalubrité de la capitale. Mais la méthode pose une question économique et institutionnelle : pourquoi l’État doit-il prendre une grande partie d’un marché qui pouvait créer des milliers d’emplois dans le secteur privé congolais ?

Près de 5.000 bâtisseurs du Service national ont été mobilisés, avec une rémunération annoncée de 500.000 FC par mois. Cela représente environ 2,5 milliards de FC de salaires chaque mois, soit 30 milliards de FC par an, sans compter les équipements, le carburant et la logistique.

Pourtant, l’État continue parallèlement à payer des fonctionnaires et à financer des administrations et services publics chargés de missions liées à l’assainissement, alors que certaines structures sont manifestement incapables d’obtenir des résultats à la hauteur des moyens qui leur sont consacrés.

Le contribuable se retrouve donc face à un paradoxe : il paie les structures existantes, puis paie une nouvelle structure pour faire le travail que les premières n’arrivent pas à accomplir.

Le risque de tuer un marché privé

Kinshasa avait pourtant commencé à développer un véritable écosystème de l’assainissement : collecteurs, PME, grandes entreprises et opérateurs spécialisés.

Le problème n’est donc pas que le Service national travaille. Le problème est que l’État risque de remplacer des entreprises au lieu de les faire travailler.

Il y avait une autre voie.

Le Service national aurait pu devenir une force d’intervention et de soutien, notamment pour les opérations d’urgence, le curage des grands caniveaux et les grands travaux.

Les PME congolaises auraient pu assurer la collecte dans les quartiers, les grandes entreprises le transport et le traitement, tandis que l’État aurait joué son véritable rôle : financer, réglementer, contrôler et sanctionner les mauvais prestataires.

Pourquoi choisir entre le SN et les entreprises ?

Kinshasa produit des milliers de tonnes de déchets chaque jour. Il y a suffisamment de travail pour tout le monde.

Au lieu de concentrer le marché entre les mains d’une administration, l’État pouvait utiliser ses financements pour faire émerger une véritable industrie congolaise des déchets, créatrice d’emplois directs et indirects : collecte, transport, recyclage, compostage, traitement et valorisation.

La question n’est donc pas de savoir si les bâtisseurs du Service national doivent travailler. Ils doivent travailler.

La vraie question est de savoir pourquoi l’État continue de financer des structures publiques qui n’atteignent pas leurs objectifs, tout en créant parallèlement de nouvelles structures pour faire leur travail.

Si la militarisation de l’assainissement est devenue nécessaire pour compenser l’échec des autorités civiles, alors il faudrait aussi avoir le courage de suspendre ou de réorienter les financements des structures qui ont échoué.

Sinon, le risque est de créer non pas une solution, mais une nouvelle couche de dépenses publiques.

Le véritable enjeu pour Félix Tshisekedi n’est donc pas seulement de rendre Kinshasa propre.

C’est de transformer l’assainissement en une économie créatrice d’emplois et d’entreprises congolaises, plutôt qu’en une charge supplémentaire pour un État qui paie déjà ceux qui devraient normalement assurer ce service.

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