Kiki Kienge
KINSHASA, décembre 2025 – La société minière publique congolaise COMINIÈRE a rejeté les préoccupations soulevées par l’organisation non gouvernementale Resource Matters concernant la gouvernance et la transparence dans le secteur émergent du lithium en République démocratique du Congo (RDC), notamment autour du gisement stratégique de Manono, dans la province du Tanganyika.
Dans un document publié en décembre 2025, Resource Matters avait identifié neuf « signaux d’alerte » liés au développement du lithium congolais. L’ONG estimait que plusieurs zones d’ombre entouraient la gestion des projets miniers dans cette région qui abrite l’un des plus importants gisements de lithium en roche dure inexploités au monde.
Parmi les préoccupations soulevées figuraient le conflit de longue date entre la société australienne AVZ Minerals et la COMINIÈRE, d’éventuelles irrégularités dans le transfert des parts de l’État dans certaines coentreprises, la difficulté à identifier les bénéficiaires effectifs de certaines sociétés, ainsi que des interrogations sur l’attribution des permis miniers, la publication des contrats de joint-venture et des soupçons de corruption.
L’ONG avait adressé un courrier à la COMINIÈRE afin d’obtenir des éclaircissements sur ces questions.
Dans sa réponse signée par son directeur général, Célestin Kibeya Kabemba, la société publique congolaise rejette l’ensemble des allégations d’irrégularités et affirme disposer de preuves à l’appui de ses déclarations.
Concernant le différend avec AVZ, la COMINIÈRE soutient qu’il ne porte pas sur la partie sud du gisement de Manono mais sur la gestion de la coentreprise Dathcom Mining. Selon M. Kibeya, le permis de recherche PR13359 a été rétrocédé à la COMINIÈRE après la résiliation de la joint-venture en raison de « fraude », « abus de majorité » et « opacité » attribués à AVZ. Il affirme que cette rétrocession a été effectuée sur la base d’une décision du Tribunal de grande instance de Kalemie, dont l’annulation aurait été contestée à plusieurs reprises par AVZ sans succès.
La société publique nie également toute irrégularité dans le transfert des parts de l’État après l’entrée d’AVZ dans le capital de Dathcom Mining, affirmant que toutes les procédures légales, y compris le droit de préemption des actionnaires, ont été respectées.
Sur les questions relatives à la transparence de la propriété des entreprises impliquées dans les projets miniers, la COMINIÈRE indique ne pas identifier les sociétés auxquelles fait référence Resource Matters et affirme que ses contrats sont publiés au Journal officiel et transmis aux autorités compétentes conformément à la législation congolaise.
La société réfute aussi les critiques concernant le respect des procédures d’attribution des permis miniers. Selon elle, cette responsabilité relève exclusivement du Cadastre Minier (CAMI) et non de la COMINIÈRE.
Au sujet des accusations portant sur d’éventuelles relations privilégiées avec des entreprises politiquement connectées, la direction affirme que tous les contrats conclus par la société respectent le droit OHADA et les lois en vigueur en RDC.
La COMINIÈRE assure également que les contrats de joint-venture sont transmis à la Cellule technique de coordination et de planification minière (CTCPM) et publiés sur son site internet.
Concernant l’allégation de paiements à une ONG politiquement connectée, le Bouclier de Jean-David E’NGAZI décédé en mars de cette année, la société déclare qu’aucun paiement n’a jamais été effectué à une organisation non gouvernementale.
Enfin, au sujet des 20 millions de dollars présumés manquants d’un compte séquestre lié à AVZ, la COMINIÈRE retourne l’accusation contre la société australienne. M. Kibeya qualifie l’affaire de « scandale de corruption » impliquant AVZ et cite les déclarations de l’avocat de cette dernière, Maître Christian Lukusa, comme ayant révélé un réseau de corruption autour du projet de lithium de Manono.
Resource Matters avait précisé dans son rapport que les neuf signaux d’alerte identifiés ne constituaient pas des preuves directes de corruption mais des éléments justifiant, selon l’organisation, un renforcement des mécanismes de contrôle, de transparence et de gouvernance dans le développement du secteur du lithium en RDC.
Le projet de Manono est considéré comme l’un des actifs stratégiques les plus importants du secteur mondial du lithium, un minerai essentiel à la fabrication des batteries pour véhicules électriques et au développement des énergies renouvelables. Mais le manque de transparence dans la gestion de cette ressource si stratégique reste une préoccupation pour les droits de la population congolaise, qui risque, comme d’habitude, de voir ses richesses profiter uniquement à des entreprises étrangères et à quelques individus liés au pouvoir.















