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La Force du Progrès de l’UDPS, stratégie suicidaire pour le pouvoir de Tshisekedi ?

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La Force du Progrès, simple mouvement militant ou véritable milice armée ?

Kiki Kienge

Pendant longtemps, la Force du Progrès a été perçue au sein de l’UDPS comme un instrument de mobilisation militante. Héritée des années d’opposition, cette structure informelle a accompagné les combats politiques du parti d’Étienne Tshisekedi avant de devenir, sous la présidence de Félix Tshisekedi, l’un des symboles les plus controversés du pouvoir congolais.

À mesure que l’UDPS s’est installée au sommet de l’État, un paradoxe est apparu : ce qui constituait autrefois un atout militant pourrait aujourd’hui représenter un fardeau politique majeur pour le régime.

Le problème de la proximité avec le pouvoir

Dans plusieurs épisodes de tensions politiques, notamment lors de manifestations de l’opposition, des membres présumés de la Force du Progrès ont été accusés par des partis adverses, des organisations de la société civile et certains observateurs d’avoir participé à des actes d’intimidation, de violence ou de répression.

Les responsables de l’UDPS ont régulièrement contesté ces accusations ou nié l’existence d’un lien organique officiel entre le parti et certaines personnes agissant sous cette appellation. Pourtant, dans l’opinion publique congolaise, la distinction apparaît souvent secondaire. Pour de nombreux citoyens, la Force du Progrès demeure associée à l’UDPS et, par extension, au pouvoir présidentiel.

C’est là que réside le principal risque politique.

Lorsqu’un groupe présenté comme proche du parti présidentiel est accusé de violences contre des opposants, les conséquences médiatiques et symboliques retombent rarement sur les seuls exécutants. Elles remontent inévitablement jusqu’au sommet de l’État.

Une victoire tactique, une défaite stratégique

À court terme, l’existence de groupes militants très mobilisés peut offrir un avantage politique : occupation de l’espace public, démonstration de force, pression sur les adversaires.

Mais à long terme, ces méthodes comportent un coût considérable.

Chaque incident impliquant des militants réputés proches du pouvoir alimente le discours de l’opposition selon lequel les institutions de sécurité ne seraient plus perçues comme neutres. Lorsque des accusations de collaboration entre certains militants et les forces de l’ordre émergent, c’est la crédibilité même de l’État qui est mise en cause.

Plus grave encore, le pouvoir finit par être tenu politiquement responsable d’actes qu’il n’a peut-être ni ordonnés ni organisés.

Dans l’histoire politique africaine, de nombreux régimes ont découvert qu’il était plus facile de créer des structures de mobilisation radicales que de contrôler leurs conséquences.

Le risque judiciaire

Le danger n’est pas seulement politique.

Dans le droit international contemporain, la responsabilité ne s’arrête pas nécessairement aux auteurs matériels des violences. Les juridictions nationales, les mécanismes régionaux africains et certaines juridictions internationales s’intéressent également aux chaînes de commandement, aux complicités éventuelles et aux responsabilités des autorités ayant laissé faire ou n’ayant pas empêché des abus.

Si des violations graves des droits humains étaient établies par des enquêtes indépendantes, la question ne serait plus seulement celle des militants impliqués mais aussi celle des autorités chargées de garantir la sécurité publique.

Les opposants congolais l’ont bien compris. À chaque épisode controversé, ils cherchent moins à incriminer quelques individus qu’à construire un récit politique reliant directement les violences présumées au pouvoir central.

Un piège pour Félix Tshisekedi

Pour Félix Tshisekedi, le risque est donc double.

À l’intérieur du pays, ces controverses nourrissent les accusations d’autoritarisme et fragilisent le discours démocratique qui a longtemps constitué l’identité historique de l’UDPS.

À l’extérieur, elles peuvent détériorer l’image d’un président qui continue de rechercher le soutien de partenaires occidentaux, d’institutions financières internationales et d’organisations de défense des droits humains.

Plus la Force du Progrès est perçue comme proche du régime, plus chaque accusation portée contre elle devient un problème présidentiel.

En politique, la loyauté militante peut être une force. Mais lorsqu’elle est associée, à tort ou à raison, à des pratiques de violence ou d’intimidation, elle risque de devenir un passif. Pour le pouvoir congolais, la véritable question n’est peut-être plus de savoir si la Force du Progrès est utile, mais combien de temps elle peut continuer à l’être sans finir par coûter davantage qu’elle ne rapporte.

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