Kiki Kienge
L’annonce d’un vaste projet d’exploitation du cuivre dans le Grand Kasaï a ravivé les espoirs d’une transformation économique de cette région longtemps associée au diamant. Mais derrière l’enthousiasme, experts et observateurs rappellent une réalité essentielle : le cuivre du Kasaï n’est pas une découverte récente, et son exploitation ne garantit pas à elle seule le développement.
Contrairement à ce que certaines annonces peuvent laisser penser, la présence de cuivre dans le sous-sol kasaïen est connue depuis plusieurs décennies. Des indices géologiques avaient déjà été identifiés dans plusieurs zones, notamment à Miabi, Kabeya Kamwanga et Katende. Ce qui change aujourd’hui n’est donc pas la découverte du minerai, mais l’ambition affichée de l’exploiter à grande échelle.
Le principal défi reste celui des infrastructures. Le Grand Kasaï souffre d’un déficit chronique en routes, en réseau ferroviaire et en production électrique. Dans une industrie où les coûts logistiques déterminent souvent la rentabilité des projets, ces insuffisances constituent un obstacle majeur à toute exploitation industrielle durable.
Au-delà des infrastructures, c’est la gouvernance qui concentre les interrogations. La RDC est déjà le deuxième producteur mondial de cuivre grâce aux mines du Haut-Katanga et du Lualaba. Pourtant, malgré des exportations de plusieurs dizaines de milliards de dollars ces dernières années, les provinces minières continuent d’afficher d’importants déficits en matière d’infrastructures, d’accès à l’eau, à l’électricité et aux services publics.
Cette expérience nourrit le scepticisme de nombreux économistes. Pour eux, l’enjeu n’est pas seulement d’extraire davantage de cuivre, mais de savoir quelle part de la richesse créée restera effectivement en RDC et bénéficiera aux populations locales. La transparence des contrats, la perception des recettes fiscales, la transformation locale des minerais et la lutte contre la corruption seront des facteurs déterminants.
L’histoire du Katanga illustre ce paradoxe : une région extrêmement riche en ressources naturelles, mais où le développement humain n’a pas toujours suivi la progression des exportations minières.
Le Grand Kasaï pourrait-il devenir un nouveau Katanga ? D’un point de vue géologique, le potentiel semble prometteur. D’un point de vue économique, tout dépendra des investissements réalisés dans les infrastructures. D’un point de vue politique, le véritable test sera celui de la gouvernance.
Sans routes, sans énergie fiable et sans une meilleure redistribution des revenus miniers, le cuivre risque de devenir une nouvelle richesse qui quitte le sous-sol congolais sans transformer durablement la vie des Congolais.
Pour le Grand Kasaï, le défi n’est donc pas de prouver qu’il possède du cuivre. Il est de démontrer que cette richesse peut, enfin, devenir un moteur de développement plutôt qu’une simple source d’exportations.















