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Kapanga (RDC) – Zambezi (Zambie) : la frontière qui n’a jamais pris

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Kapanga - Zambesi, la frontière invisible

Kiki Kienge

Quand la brume se lève doucement sur les terres rouges du sud de Kapanga (Rd Congo), quand les coqs chantent, les femmes rallument les braises, et les premiers pas de la journée suivent des sentiers tracés bien avant que deux pays ne se fassent face, personne ne parle encore de frontière.

De l’autre côté, dans le Zambezi District (Zambie), la scène est la même. Même lumière, même silence du matin, mêmes gestes répétés depuis des générations. Ici, rien ne distingue vraiment un côté de l’autre. Rien, sauf une ligne invisible que seuls les États reconnaissent.

On raconte qu’autrefois, les anciens traversaient ces terres sans jamais se demander où finissait leur monde. Les rivières, les forêts, les chemins appartenaient à tous. Puis un jour, des hommes venus de loin ont tracé une frontière. Une ligne droite, froide, décidée sur une carte, loin des villages et des histoires.

Mais en réalité sur ces terres, la ligne n’a jamais vraiment pris.

Aujourd’hui encore, à Kapanga, Mama Kalenga prépare du manioc qu’elle ira vendre au marché de l’autre côté. Elle ne dit pas “je vais en Zambie”. Elle dit simplement : “je vais au marché”. Son frère y vit, marié à une femme de là-bas. Ses enfants passent la saison sèche chez leur tante, de l’autre côté de la frontière, sans même comprendre qu’ils changent de pays.

Au fil de la journée, les sentiers s’animent. Des hommes portent des sacs de farine, des femmes traversent avec des bassines sur la tête, des enfants courent entre les arbres. Certains croisent un poste de contrôle, d’autres non. Parfois, un uniforme rappelle que la frontière existe. Mais le plus souvent, elle se laisse oublier.

Ici, la vie est plus forte que les papiers.

Les langues se mélangent, les familles s’entrecroisent, et les histoires se partagent. On peut naître à Kapanga, se marier dans le Zambezi District, et enterrer ses ancêtres sans jamais avoir quitté “chez soi”.

Pourtant, tout n’est pas simple. Il y a les jours où les contrôles se durcissent, où les marchandises sont saisies, où les règles changent sans prévenir. Il y a les différences de monnaie, les décisions venues des capitales lointaines. Dans ces moments-là, la frontière redevient réelle, presque brutale.

Mais elle ne dure jamais longtemps.

Car dès le lendemain, les chemins reprennent vie. Les marchés se remplissent à nouveau. Et les habitants, eux, continuent de traverser, comme leurs parents avant eux, comme leurs enfants après eux.

À la tombée du jour, quand le ciel s’assombrit sur les savanes du Lualaba et du nord-ouest zambien, les feux s’allument des deux côtés. On entend les mêmes rires, les mêmes chants, les mêmes histoires racontées autour des flammes.

Et dans l’obscurité, la frontière disparaît complètement.

Peut-être n’a-t-elle jamais vraiment existé ici.

Entre Kapanga et le Zambezi District, il n’y a pas deux mondes. Il n’y en a qu’un seul, partagé, vivant, indifférent aux lignes tracées ailleurs. Un monde où l’on appartient à la terre avant d’appartenir à un pays.

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