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RDC : crise sécuritaire dans l’Est, une délégation de Tshisekedi chez Lourenço qui anticipe Kagame

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Sécurité, référendum, Kinshasa à Luanda

Kiki Kienge

Alors que les lignes diplomatiques bougent à nouveau dans le dossier explosif de l’Est congolais, le président Félix Tshisekedi a dépêché, jeudi, une délégation de haut niveau à Luanda pour rencontrer son homologue angolais João Lourenço. Une initiative qui intervient quelques semaines après le retrait de l’Angola de son rôle de médiateur principal entre Kinshasa et Kigali.

Reçue au palais présidentiel de Cidade Alta, la mission congolaise était conduite par Sumbu Sita Mambu, haut représentant du chef de l’État congolais chargé du suivi de la feuille de route de Luanda. Porteur d’un message écrit de Félix Tshisekedi, l’émissaire congolais a été reçu en audience par João Lourenço dans un contexte régional marqué par une recrudescence des tensions autour du conflit dans l’Est de la RDC.

Selon plusieurs sources diplomatiques à Luanda et Kinshasa, cette visite vise à maintenir un canal politique direct avec l’Angola malgré le retrait progressif de ce dernier du processus de médiation régionale. En coulisses, Kinshasa redoute un repositionnement diplomatique de Kigali et cherche à conserver l’appui stratégique de João Lourenço, jusque-là considéré comme l’un des principaux soutiens régionaux de Félix Tshisekedi dans la crise opposant la RDC au Rwanda.

Une offensive diplomatique préventive

À Kinshasa, plusieurs observateurs interprètent cette mission comme une manœuvre destinée à anticiper d’éventuelles initiatives diplomatiques de Paul Kagame auprès de Luanda. Depuis plusieurs mois, les relations entre la RDC et le Rwanda restent empoisonnées par les accusations de soutien rwandais à la rébellion de l’AFC/M23, redevenue l’un des acteurs militaires dominants dans le Nord-Kivu.

L’Angola avait pourtant tenté, ces deux dernières années, d’imposer un cadre de désescalade entre les deux capitales. Mais face aux violations répétées des cessez-le-feu et à l’impasse des discussions sécuritaires, João Lourenço avait fini par prendre ses distances avec une médiation devenue politiquement coûteuse.

Qui composait la délégation congolaise ?

Si la présidence angolaise n’a communiqué que partiellement sur les participants, plusieurs sources congolaises évoquent la présence, aux côtés de Sumbu Sita Mambu, de :

– des conseillers diplomatiques de la présidence congolaise ;

– des responsables liés au Conseil national de sécurité ;

– ainsi que des représentants du ministère congolais des Affaires étrangères.

Aucun communiqué officiel détaillé n’a toutefois été publié au moment de l’audience concernant la composition complète de la délégation.

Référendum pour des réformes constitutionnelles

Selon plusieurs sources proches du dossier, la délégation congolaise aurait également évoqué avec João Lourenço la perspective d’un futur référendum en RDC. Si aucun détail officiel n’a filtré sur le contenu des échanges, Kinshasa aurait tenu à informer le président angolais des réflexions en cours autour d’éventuelles réformes institutionnelles et constitutionnelles. Un sujet sensible, dans un contexte politique déjà marqué par les tensions sécuritaires dans l’Est du pays et les débats internes sur l’avenir du système politique congolais.

Luanda reste incontournable

Malgré son retrait apparent du devant de la scène, l’Angola demeure un acteur-clé de l’équation sécuritaire régionale. João Lourenço conserve une influence déterminante au sein de l’Union africaine et des mécanismes régionaux consacrés à la crise des Grands Lacs.

À Kinshasa, certains proches du pouvoir espèrent encore que Luanda puisse jouer un rôle de facilitateur discret, notamment dans les échanges indirects avec Kigali. D’autres estiment au contraire que la RDC doit désormais privilégier les cadres sécuritaires de la SADC et le soutien militaire régional face à l’avancée de l’FC/M23.

Une chose est certaine : en envoyant rapidement une délégation à Luanda, Félix Tshisekedi cherche à prendre de l’avance diplomatique au moment où la recomposition régionale autour du conflit de l’Est s’accélère.

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