Google search engine
Accueil AFRIQUE RDC : Ndayishimiye se rapproche-t-il de Lourenço sur la question du dialogue...

RDC : Ndayishimiye se rapproche-t-il de Lourenço sur la question du dialogue et prend-il davantage ses distances avec Tshisekedi ?

0
202
Félix Tshisekedi avec ces derniers alliés dans la région

Kiki Kienge

Le message est passé presque inaperçu. Pourtant, dans le contexte explosif de la crise congolaise, les propos du président burundais Évariste Ndayishimiye pourraient bien révéler une divergence stratégique de plus en plus visible entre Kinshasa et certains de ses principaux partenaires régionaux.

Reçu à Kinshasa, le chef de l’État burundais a réaffirmé son soutien aux institutions congolaises et à la stabilité de la RDC. Mais c’est surtout sa référence insistante au dialogue qui retient l’attention.

« J’ai beaucoup remercié mon frère le président Félix qui a les bras ouverts envers le dialogue. Et moi j’ai soutenu cette initiative de toujours avoir les bras ouverts à tout le peuple congolais », a déclaré Ndayishimiye.

Une phrase qui peut sembler anodine. Pourtant, elle intervient au moment même où Félix Tshisekedi défend une vision très différente de celle portée par l’Angola dans le cadre du processus de Luanda.

Une lecture différente du dialogue

Depuis plusieurs mois, João Lourenço plaide pour un dialogue inclusif impliquant l’ensemble des acteurs de la crise congolaise, y compris l’AFC/M23 ainsi que l’ancien président Joseph Kabila. Une approche jugée indispensable à Luanda pour espérer parvenir à une solution politique durable.

Or, la contre-proposition transmise par Kinshasa à la mi-mai prend une direction presque opposée.

Les « États généraux de la Refondation de l’État pour le Salut de la Patrie » imaginés par le camp présidentiel congolais seraient organisés exclusivement sous contrôle des institutions de la RDC. Ni Joseph Kabila ni les groupes armés n’y auraient leur place. Les conclusions seraient remises au président Tshisekedi lui-même, avec en toile de fond une possible réforme constitutionnelle et l’émergence d’une quatrième République.

Une perspective qui suscite des réserves à Luanda. Selon plusieurs sources diplomatiques, l’Angola refuse d’endosser un processus qui exclurait les principaux protagonistes du conflit tout en ouvrant la voie à des modifications institutionnelles susceptibles de provoquer de nouvelles tensions politiques.

Ndayishimiye contredit-il Tshisekedi ?

Officiellement, non.

Le président burundais a pris soin de saluer son « frère » Félix Tshisekedi et de réaffirmer son soutien aux institutions congolaises. Mais son insistance sur l’ouverture du dialogue avec « tout le peuple congolais » résonne fortement avec la philosophie défendue par João Lourenço.

Autrement dit, Ndayishimiye ne critique pas directement la proposition congolaise. Mais il semble rappeler qu’aucune paix durable ne peut être obtenue par l’exclusion de certaines composantes de la crise.

Cette nuance est importante. Elle laisse apparaître un décalage croissant entre la stratégie de Kinshasa, centrée sur la consolidation du pouvoir et la refondation institutionnelle, et celle de ses voisins qui privilégient avant tout un règlement politique inclusif.

Le risque d’un isolement diplomatique

La véritable question est désormais celle de la position de Félix Tshisekedi.

Peut-il continuer à défendre une formule excluant certains acteurs alors que deux pays directement impliqués dans le dossier congolais — l’Angola, médiateur régional, et le Burundi, partenaire militaire engagé sur le terrain — insistent sur la nécessité du dialogue ?

Le paradoxe est frappant. Alors que Kinshasa accuse régulièrement ses adversaires de refuser la paix, ses principaux alliés régionaux semblent considérer que cette paix passe justement par des discussions avec ceux que le pouvoir congolais refuse de voir à la table des négociations.

Cette situation pourrait placer Tshisekedi devant un choix délicat : maintenir sa ligne politique au risque de se retrouver en décalage avec ses partenaires régionaux, ou accepter progressivement un cadre de dialogue plus large qui réduirait son contrôle sur le processus.

Une bataille qui dépasse la question sécuritaire

Derrière le débat sur le dialogue se cache en réalité une autre confrontation : celle de l’avenir institutionnel du pays.

Pour Luanda comme pour plusieurs acteurs régionaux, la priorité reste la fin du conflit armé et la réconciliation nationale.

Pour le camp présidentiel congolais, la réflexion semble désormais s’étendre à une refondation de l’État pouvant aller jusqu’à une nouvelle architecture constitutionnelle.

Deux visions différentes, deux calendriers différents, et peut-être deux définitions différentes de la paix.

Dans ce contexte, les déclarations de Ndayishimiye apparaissent moins comme un simple message de soutien que comme un signal discret adressé à Kinshasa : dans la région, le dialogue inclusif demeure, pour beaucoup, la voie privilégiée vers la sortie de crise.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici