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Coltan, cobalt, lithium, terres rares… la RDC risque de rester un simple pays extracteur et pauvre.

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Enfants dans les mines de coltan en Rd Congo

Kiki Kienge

Pendant des décennies, la République démocratique du Congo a exporté du cuivre, du cobalt, du coltan ou encore des diamants sans jamais véritablement maîtriser leur transformation industrielle.

Avec le lithium, l’histoire risque de se répéter. Mais cette fois, le danger est plus grand : les États-Unis et la Chine ne cherchent plus seulement à acheter les minerais, ils veulent contrôler toute la chaîne de valeur… jusqu’aux stocks stratégiques.

L’enjeu dépasse largement la simple exploitation minière.

Les États-Unis changent de stratégie

Contrairement à une idée largement répandue, les États-Unis ne disposent pas encore d’une capacité suffisante pour raffiner les minerais critiques comme le lithium, le cobalt ou certains métaux des terres rares.

La Chine contrôle aujourd’hui l’essentiel du raffinage mondial :

– près de 70 % du raffinage du lithium ;

– environ 75 % du cobalt raffiné ;

– plus de 85 % des terres rares transformées.

Washington a compris qu’une dépendance industrielle envers Pékin constitue désormais un risque de sécurité nationale.

En attendant de construire ses propres raffineries, la stratégie américaine consiste donc à sécuriser les gisements, diversifier les sources d’approvisionnement et surtout constituer des stocks stratégiques de minerais critiques.

Cette politique est comparable à la Réserve stratégique américaine de pétrole (Strategic Petroleum Reserve), créée après le choc pétrolier des années 1970.

Pourquoi stocker les minerais ?

Le stockage répond à plusieurs objectifs.

– Premièrement, garantir un approvisionnement permanent en cas de crise géopolitique.

– Deuxièmement, protéger l’industrie américaine contre une éventuelle interruption des exportations chinoises.

– Troisièmement, disposer d’un levier sur les prix mondiaux.

Celui qui contrôle les stocks peut influencer le marché.

Demain, si une crise internationale réduit la production de cobalt ou de lithium, le pays disposant d’importantes réserves pourra alimenter son industrie pendant plusieurs années, tandis que les autres devront acheter à des prix beaucoup plus élevés.

Le piège pour la RDC

Pour la RDC, le véritable risque n’est pas que les États-Unis achètent ses minerais.

Le risque est de continuer à exporter uniquement des roches brutes.

Chaque tonne de lithium ou de cobalt exportée sans transformation représente une partie de la richesse industrielle qui quitte définitivement le pays.

Une fois extrait, un minerai ne repousse pas.

Contrairement au bois ou à l’agriculture, le sous-sol est une richesse non renouvelable.

Lorsque les réserves seront épuisées, la RDC ne pourra plus compter sur cette rente minière.

Une inversion historique possible

Le scénario paraît aujourd’hui improbable, pourtant, il mérite réflexion.

Imaginons qu’en 2060 ou 2070 les principaux gisements congolais soient largement exploités.

Les industries congolaises auront toujours besoin de batteries, de véhicules électriques, d’équipements médicaux, d’ordinateurs, de réseaux électriques ou encore de systèmes militaires.

Si le pays ne développe ni industrie de raffinage ni capacité de recyclage, il pourrait être contraint d’importer du cobalt, du lithium ou du coltan raffinés… issus de minerais qui auront été extraits autrefois de son propre sous-sol.

En d’autres termes, la RDC pourrait racheter, à forte valeur ajoutée, une ressource qu’elle avait vendue à bas prix plusieurs décennies auparavant.

Le véritable trésor n’est plus le minerai

Le monde entre dans une nouvelle économie.

La valeur ne réside plus uniquement dans l’extraction.

Elle se trouve désormais dans :

– le raffinage ;

– la chimie des batteries ;

– les composants électroniques ;

– les technologies de recyclage ;

– le stockage stratégique ;

– la propriété intellectuelle.

Le minerai brut représente aujourd’hui la partie la moins rémunératrice de cette chaîne.

La Chine l’a compris avant tout le monde

La Chine ne possède pas les plus grandes réserves mondiales de cobalt.

En revanche, elle raffine la majorité du cobalt produit dans le monde, notamment celui provenant de la RDC.

Résultat : Pékin capte une grande partie de la valeur ajoutée, des emplois qualifiés et du savoir-faire industriel.

La richesse ne provient donc plus seulement du sous-sol, mais de la capacité à transformer la matière première.

Une question de souveraineté

Pour la RDC, la véritable souveraineté minière ne consiste plus seulement à signer des contrats d’exploitation.

Elle consiste à construire des raffineries, développer une industrie chimique, former des ingénieurs, investir dans la recherche et préparer le recyclage des batteries.

Sans cette transformation industrielle, le pays risque de rester prisonnier du modèle colonial de l’exportation de matières premières.

Le paradoxe serait alors saisissant : un pays ayant fourni pendant des décennies le cobalt, le lithium et le coltan nécessaires à la transition énergétique mondiale pourrait, une fois ses gisements épuisés, devoir importer ces mêmes minerais raffinés auprès des puissances qui auront constitué des réserves stratégiques et maîtrisé leur transformation.

L’avenir des minerais critiques ne se jouera donc pas uniquement dans les mines de Manono, de Kolwezi ou de Rubaya. Il se jouera surtout dans les raffineries, les usines de batteries et les centres de stockage stratégique. Pour la RDC, la question n’est plus seulement de savoir qui extrait le minerai, mais qui contrôlera sa valeur pendant les cinquante prochaines années.

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