Kiki Kienge
La valeur réglementaire de l’uranium dans le cobalt et le cuivre exportés depuis la RDC est fixée à 75 ppm, mais l’enquête de Lighthouse Reports révèle des dépassements atteignant environ 1 125 ppm, soit 15 fois le seuil, dans certains échantillons historiques.
La controverse autour de la présence d’uranium dans les exportations de cobalt de la République démocratique du Congo met en lumière un contraste saisissant : d’un côté, une enquête fondée sur des analyses et des documents techniques avançant des concentrations précises ; de l’autre, le gouvernement congolais et les entreprises minières chinoises qui contestent ces conclusions sans avoir, à ce jour, rendu publiques leurs propres données analytiques.
L’enquête publiée par Lighthouse Reports, en partenariat avec le Financial Times et appuyée par des travaux scientifiques, affirme que le seuil réglementaire fixé par la RDC pour l’uranium dans l’hydroxyde de cobalt est de 75 parties par million (ppm).
Selon les documents consultés par les enquêteurs, des échantillons historiques provenant de la mine de Tenke Fungurume auraient dépassé cette limite à de nombreuses reprises entre 2016 et 2020. L’un des cas documentés fait état d’une concentration atteignant environ 1 125 ppm, soit quinze fois le seuil réglementaire congolais.
Ces résultats ne signifient pas nécessairement que toutes les exportations congolaises présentent des niveaux similaires, mais ils constituent le principal fondement des interrogations soulevées par l’enquête sur les contrôles exercés au sein de la chaîne d’exportation.
Face à ces révélations, le gouvernement congolais a contesté les conclusions de l’enquête et annoncé l’ouverture d’une enquête officielle destinée à mesurer les concentrations d’uranium dans les exportations de cobalt. Les autorités ont également indiqué vouloir s’appuyer sur des analyses indépendantes afin d’établir les faits.
Toutefois, aucune valeur mesurée par cette enquête gouvernementale n’a encore été rendue publique.
Cette situation soulève une interrogation : sur quelles données repose le rejet des conclusions de l’enquête internationale si les résultats de l’enquête officielle ne sont pas encore disponibles ?
Du côté des entreprises minières chinoises, réunies au sein de l’Union des Sociétés Minières aux Capitaux Chinois en RDC (USMCC), la réponse est similaire. Dans un communiqué publié le 5 août, l’association affirme que tous les produits exportés respectent les normes applicables et ne présentent aucune teneur excessive en uranium.
L’USMCC reconnaît néanmoins que les produits d’hydroxyde de cobalt peuvent contenir des « traces naturelles extrêmement faibles d’uranium », tout en affirmant que ces concentrations demeurent inférieures aux limites réglementaires.
Là encore, aucun chiffre n’a été communiqué. Ni les concentrations effectivement mesurées, ni les rapports d’analyses, ni les laboratoires ayant réalisé les contrôles n’ont été rendus publics.
Ainsi, le débat oppose aujourd’hui des données quantitatives avancées par une enquête indépendante à des démentis officiels qui, jusqu’à présent, ne s’accompagnent pas d’éléments chiffrés permettant une comparaison directe.
Pour les observateurs du secteur minier, la publication des analyses réalisées par les autorités congolaises et par les entreprises concernées constituerait l’étape décisive pour trancher le débat. En l’absence de ces données, les marchés internationaux disposent principalement des chiffres avancés par l’enquête, tandis que les démentis officiels reposent essentiellement sur des déclarations de conformité plutôt que sur des résultats analytiques accessibles au public.
L’enjeu dépasse la seule polémique. La République démocratique du Congo assure plus de 70 % de la production mondiale de cobalt, un minerai stratégique pour les batteries des véhicules électriques. Toute remise en cause de la qualité ou de la traçabilité de cette production est susceptible d’influencer les exigences des acheteurs internationaux et les procédures de contrôle appliquées aux exportations congolaises.















