Kiki Kienge
La levée des mesures provisoires par le CIRDI marque un tournant dans le dossier du lithium de Manono, en République démocratique du Congo, mettant en lumière des stratégies divergentes entre les principaux acteurs internationaux.
AVZ : priorité à la valeur pour les actionnaires
Du côté de AVZ Minerals, le ton est clair. Le directeur général de la société basée à Perth a récemment indiqué vouloir obtenir « le meilleur deal possible pour les actionnaires », selon un média australien.
Cette déclaration reflète une inflexion stratégique notable. L’entreprise, autrefois focalisée sur la défense de ses droits miniers, semble désormais privilégier une approche plus pragmatique : maximiser la valeur de sa position dans un contexte devenu incertain.
Le dirigeant d’AVZ s’est dit « résolu » à sécuriser l’offre la plus avantageuse autour du projet, alors que l’avenir de la société, valorisée à environ 4,6 milliards de dollars, reste suspendu à l’issue du litige et aux équilibres géopolitiques.
En toile de fond, les tensions croissantes entre les États-Unis et la Chine autour des ressources critiques compliquent davantage le dossier, transformant Manono en actif stratégique politisée au-delà du seul cadre commercial.
Zijin : priorité à l’exécution opérationnelle
À l’inverse, Zijin Mining adopte une approche résolument opérationnelle.
Le groupe chinois se concentre sur le lancement prévu en juin de la production de lithium en RDC, malgré le caractère contesté du gisement de Manono. Cette posture traduit une stratégie bien connue dans le secteur et plus spécifique aux chinois qu’aux occidentaux : avancer sur le terrain, indépendamment des incertitudes juridiques.
Sans commenter directement la décision du CIRDI, Zijin envoie un signal implicite clair : le développement industriel prime sur le contentieux.
Dans les faits, cela revient à considérer que le contrôle effectif d’un projet minier se construit par l’exécution, financement, infrastructures, production plutôt que par les seules décisions arbitrales.
Occidentaux : prudence et sécurisation juridique
Du côté occidental, la posture est plus prudente. Des acteurs comme KoBold Metals n’ont pas officiellement réagi à la levée des mesures, mais adoptent une approche attentiste.
Leur stratégie consiste à :
- – retarder les engagements financiers,
- – attendre une clarification du cadre politique et juridique,
- – sécuriser leurs positions avant toute entrée opérationnelle.
Cette prudence illustre une divergence structurelle : les investisseurs occidentaux cherchent à minimiser le risque juridique, même au prix de délais, là où d’autres acteurs privilégient la rapidité d’exécution.
Un projet au cœur des rivalités globales
Ces stratégies contrastées confirment que le projet de Manono dépasse désormais le cadre d’un simple litige entre une entreprise et un État.
D’un côté, AVZ cherche à transformer son avantage juridique en levier de négociation.
De l’autre, Zijin avance sur le terrain pour consolider une position opérationnelle, malgré les irrégularités dans l’acquisition du gisement.
En parallèle, les acteurs occidentaux temporisent.
Dans ce contexte, la levée des mesures provisoires apparaît moins comme une décision isolée que comme un catalyseur d’une recomposition plus large.
Une équation encore ouverte
Si la décision du CIRDI redonne de la flexibilité à Kinshasa, elle ne règle pas le fond du différend. Le contrôle final du projet dépendra autant des arbitrages juridiques que de la capacité des acteurs à imposer leur présence sur le terrain.
À Manono, une chose semble désormais acquise :
le lithium se négocie autant dans les salles d’arbitrage que sur le terrain et parfois davantage sur ce dernier.















