Kiki Kienge
L’Afrique intensifie l’exploitation de ses ressources en lithium, un métal essentiel à la fabrication des batteries pour véhicules électriques, alors que la demande mondiale continue de croître dans le contexte de la transition énergétique.
Longtemps marginal dans la production mondiale, le continent attire désormais un nombre croissant d’investissements étrangers, notamment en République démocratique du Congo, au Zimbabwe et au Mali, où plusieurs projets miniers sont en cours de développement ou d’expansion.
Selon des estimations industrielles, la demande mondiale de lithium pourrait tripler d’ici la fin de la décennie, alimentée par l’essor des véhicules électriques et des systèmes de stockage d’énergie.
Une montée en puissance progressive
Au Mali, la mise en production récente de la mine de Goulamina marque une étape importante pour le secteur.
Au Zimbabwe, premier producteur africain, les autorités cherchent à renforcer leur position en limitant l’exportation de minerai brut.
D’autres pays, dont la Namibie, le Nigeria et le Ghana, multiplient les projets d’exploration, dans l’espoir de tirer parti de leurs réserves encore largement sous-exploitées.
Malgré ce potentiel, la contribution de l’Afrique à l’offre mondiale reste limitée, dominée par l’Australie, le Chili et la Chine.
Une compétition internationale accrue
L’essor du lithium africain s’inscrit désormais dans un contexte de rivalité entre grandes puissances économiques. Des entreprises chinoises, américaines et européennes cherchent à sécuriser leur approvisionnement en investissant dans des projets miniers ou en nouant des partenariats avec les États africains.
En République démocratique du Congo, le projet de Manono, considéré comme l’un des plus importants gisements de lithium de roche au monde, illustre ces tensions croissantes autour des ressources stratégiques entre la Chine et les Etats-Unis.
Le groupe chinois Zijin Mining, qui a acquis une partie du gisement de Manono, initialement détenue par l’australien AVZ Minerals, cherche à consolider sa position face aux ambitions de l’américain KoBold Metals.
Ce dernier, soutenu par l’administration de Donald Trump, vise à obtenir le contrôle de l’autre partie du gisement, illustrant la rivalité croissante entre puissances autour des ressources stratégiques africaines.
Des ambitions de transformation locale
Face aux critiques liées à l’exportation de matières premières non transformées, plusieurs gouvernements africains affichent leur volonté de développer des chaînes de valeur locales.
Le Zimbabwe a ainsi annoncé son intention d’interdire progressivement les exportations de lithium brut, afin de favoriser le raffinage sur place. D’autres pays envisagent la création d’industries liées à la production de batteries.
Ces initiatives visent à capter une plus grande part des revenus générés par le secteur et à créer des emplois.
Des défis persistants
Le développement du lithium en Afrique reste toutefois confronté à plusieurs obstacles, notamment le manque d’infrastructures, les incertitudes réglementaires et les préoccupations environnementales.
Des organisations locales et internationales alertent également sur les risques sociaux, notamment en matière de conditions de travail et de redistribution des revenus et de corruption.
Un enjeu stratégique à long terme
Pour de nombreux analystes, le lithium représente une opportunité majeure pour les économies africaines, à condition que les États parviennent à encadrer efficacement son exploitation.
À défaut, certains craignent que le continent ne reproduise les schémas observés dans d’autres secteurs extractifs, où la richesse en ressources naturelles ne s’est pas toujours traduite par un développement économique durable.















