Kiki Kienge
La présence croissante des éleveurs nomades Mbororo dans la province du Nord-Ubangi suscite de vives inquiétudes au sein des communautés locales. Ces pasteurs, originaires en majorité du Tchad, mais aussi de la République centrafricaine et du Cameroun, sont de plus en plus signalés dans plusieurs territoires du nord de la République démocratique du Congo.
Selon plusieurs témoignages recueillis sur place, ces mouvements de populations seraient motivés par des facteurs multiples, notamment les pressions climatiques, la raréfaction des ressources naturelles ainsi que la recherche de pâturages pour leurs troupeaux.
La faiblesse du contrôle aux frontières dans cette zone forestière facilite leur entrée sur le territoire congolais, notamment dans des localités comme Yakoma et Businga.
Sur le terrain, certains de ces éleveurs s’installent sans autorisation dans des zones boisées ou agricoles. Ils y développent des campements durables et pratiquent l’élevage à grande échelle, avec du bétail occupant de vastes étendues. Une situation perçue par une partie de la population comme une occupation illégale ou non réglementée des terres, dans un contexte où les droits fonciers reposent essentiellement sur les coutumes locales.
Ces installations sont à la base de tensions récurrentes entre les Mbororo et les communautés autochtones, notamment les Ngbandi et les Ngbaka. Les sources de conflit sont multiples.
D’abord, la question foncière : les populations locales, majoritairement agricoles, dépendent des terres pour leur subsistance. Or, les troupeaux des éleveurs nomades ravagent parfois les champs, accentuant les frustrations. Ensuite, l’accès aux ressources naturelles constitue un autre point de friction, notamment en ce qui concerne l’eau et l’exploitation des forêts pour le bois, la chasse et la cueillette.
À cela s’ajoutent des divergences culturelles importantes entre les modes de vie nomade et sédentaire, ainsi qu’une intégration limitée des nouveaux arrivants dans les structures locales.
Conséquence : ces migrations engendrent des conflits communautaires parfois violents, des déplacements de populations, une dégradation de l’environnement, notamment par la déforestation et la pression sur la biodiversité, ainsi qu’un affaiblissement de l’autorité de l’État dans ces zones rurales.
Des observateurs notent que des dynamiques similaires sont visibles dans d’autres régions du pays. À l’est de la RDC, par exemple, des tensions liées à des mouvements de populations transfrontalières, notamment en provenance du Rwanda et du Burundi, avant ou sous la colonisation belge, continuent d’alimenter l’instabilité.
Face à cette situation, plusieurs voix s’élèvent pour appeler à un encadrement strict de ces migrations, à un renforcement du contrôle des frontières et à la mise en place de mécanismes de cohabitation pacifique entre communautés.















