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Louis Michel : de Tshisekedi à Kabila, de Katumbi à la Constitution et l’accord « vulgaire » US

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« Le Congo a tout. L’histoire ne pardonnera pas ça »

Kiki Kienge

 » On ne change pas les règles en cours de partie « 

Dans une longue interview aux accents de testament politique, Louis Michel livre une lecture sévère mais passionnée de la situation de la République démocratique du Congo. Entre mises en garde adressées au pouvoir de Félix Tshisekedi, défense du pluralisme politique et critique des accords géopolitiques autour des minerais stratégiques, l’ancien chef de la diplomatie belge plaide pour une seule priorité : construire enfin un État congolais viable.

Le passage le plus marquant de l’entretien concerne sans doute la question constitutionnelle. Sans détour, Louis Michel met en garde contre toute tentative de modification de la Constitution congolaise susceptible d’être interprétée comme une stratégie de conservation du pouvoir.

 » On ne change pas les règles en cours de partie. On ne change pas la Constitution. « 

Pour l’ancien commissaire européen, l’Afrique a déjà payé le prix de multiples révisions constitutionnelles motivées par des intérêts politiques immédiats. Selon lui,  » aucune instance internationale sérieuse ne pourrait accepter des arguments visant à justifier un changement des règles du jeu démocratique en plein exercice du pouvoir. »

« Rien ne justifie. C’est une erreur. »

Le message vise directement le climat politique qui entoure actuellement le second mandat de Félix Tshisekedi. Sans attaquer frontalement le président congolais, Louis Michel l’invite clairement à privilégier la consolidation des institutions plutôt que les calculs de survie politique.

Tshisekedi face au défi de l’État

Au fil de l’entretien, une idée revient comme un leitmotiv : le Congo demeure un pays qui n’a pas encore pleinement réussi à devenir un État fonctionnel.

Pour Louis Michel, les fragilités congolaises ne se résument ni aux ingérences étrangères ni aux groupes armés de l’Est. Le problème est plus profond :

– faiblesse des institutions ;

– absence d’autorité effective sur certaines parties du territoire ;

– corruption systémique ;

– réseaux de prédation interne ;

– instrumentalisation politique des appareils d’État.

L’ancien ministre belge insiste :

« Ce qui est important maintenant, ce n’est pas de conserver le pouvoir à tout prix. C’est de créer les conditions d’un État viable, prospère, démocratique. »

À ses yeux, la tragédie congolaise réside dans le contraste entre les ressources immenses du pays et l’incapacité chronique des élites à transformer ce potentiel en prospérité collective.

« Le Congo a tout. »

Katumbi, l’opposant qu’il ne faut pas craindre

Dans ce plaidoyer pour une démocratie plus inclusive, Moïse Katumbi occupe une place centrale. Louis Michel dit ne pas comprendre la méfiance persistante dont l’ancien gouverneur du Katanga fait l’objet au sein du pouvoir.

« Je ne vois pas qu’est-ce qu’on craint de Katumbi. »

Une phrase lourde de sous-entendus dans un contexte marqué par les tensions entre majorité présidentielle et opposition.

Pour Louis Michel, écarter les grandes figures politiques du jeu démocratique fragilise davantage encore les institutions congolaises. Il défend au contraire un dialogue politique large, incluant opposition, société civile et forces régionales.

Cette logique l’amène également à évoquer Joseph Kabila, dont l’ombre continue de planer sur la scène politique congolaise. Sans réhabiliter l’ancien président, Louis Michel rappelle néanmoins qu’aucune stabilité durable ne peut être construite dans la logique de l’exclusion permanente.

Le Rwanda, la sécurité et les ambiguïtés régionales

Sur la question sensible des relations entre la RDC et le Rwanda, Louis Michel adopte une approche résolument géopolitique.

Il reconnaît les traumatismes historiques, les accusations d’ingérence rwandaise dans l’Est du Congo ainsi que les enjeux liés aux minerais stratégiques. Mais il estime également que la faiblesse de l’État congolais constitue l’un des facteurs majeurs de l’instabilité régionale.

Concernant Paul Kagame, il reconnaît son efficacité politique tout en sachant combien son image demeure explosive à Kinshasa.

Pour Louis Michel, la crise de l’Est ne pourra être résolue ni par le nationalisme ni par la confrontation permanente, mais par une combinaison de sécurité régionale, de coopération diplomatique et de reconstruction institutionnelle congolaise.

L’accord RDC–USA ; « un accord vulgaire »

L’ancien commissaire européen se montre également très critique vis-à-vis des nouveaux partenariats stratégiques entre Kinshasa et États-Unis autour des minerais critiques.

Derrière les discours diplomatiques, il voit avant tout une logique transactionnelle dominée par les intérêts américains face à la montée en puissance de la Chine.

« C’est risible », lâche-t-il à propos des discours présentant ces accords comme désintéressés.

Selon lui, Washington cherche surtout :

– à sécuriser le cobalt et le cuivre congolais ;

– à protéger ses chaînes industrielles ;

– et à contenir l’influence chinoise en Afrique centrale.

Louis Michel critique ce qu’il considère comme une diplomatie purement utilitaire : sécurité contre minerais.

Et prévient : un État faible négocie rarement d’égal à égal avec les grandes puissances.

« L’histoire ne pardonnera pas ça »

Au fond, l’entretien de Louis Michel dépasse les querelles congolaises immédiates. Son propos prend parfois la forme d’une méditation politique sur le destin inachevé du Congo.

Pour lui, le pays possède tous les attributs d’une grande puissance africaine :

– richesses naturelles ;

– potentiel énergétique ;

– démographie ;

– position stratégique ;

– ressources agricoles.

Mais sans institutions solides, sans alternance crédible et sans culture du compromis, ce potentiel risque de demeurer une promesse perpétuellement différée.

« Ils ont tout pour faire un peuple heureux. Je pense que l’histoire ne pardonnera pas ça. »

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