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RDC : Mukwege sonne l’alarme contre la tentation du troisième mandat

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Mukwege contre toute tentative de changement de la Constitution

Kiki Kienge

Par la solennité du ton comme par la gravité du moment, la déclaration de Denis Mukwege résonne comme un avertissement lancé à la classe politique congolaise. Alors que des voix proches du pouvoir évoquent de plus en plus ouvertement une possible révision constitutionnelle permettant au président Félix Tshisekedi de briguer un troisième mandat, le Prix Nobel de la paix dénonce une « dérive autoritaire » susceptible de précipiter la République démocratique du Congo dans une nouvelle crise institutionnelle.

Dans un texte au ton offensif, le célèbre gynécologue de Panzi accuse le régime de vouloir « s’accrocher au pouvoir » en fragilisant les principes fondamentaux de l’alternance démocratique. Pour Mukwege, le débat sur la modification de la Constitution intervient au pire moment : celui d’un pays confronté à une guerre persistante dans l’Est, à l’occupation de plusieurs territoires par les groupes armés et à une profonde crise sociale.

Une Constitution sous pression

Le médecin congolais rappelle que la Constitution congolaise verrouille explicitement la question du nombre et de la durée des mandats présidentiels. En citant les articles 219 et 220, il souligne qu’aucune révision constitutionnelle ne peut intervenir en période de guerre, d’état d’urgence ou d’état de siège, et que la limitation des mandats présidentiels est intangible.

À travers cette prise de position, Mukwege cherche aussi à réveiller une mémoire politique encore vive en RDC. Il pointe l’ironie d’une majorité présidentielle dont certains membres avaient, il y a moins d’une décennie, manifesté contre les tentatives de révision constitutionnelle sous Joseph Kabila. « Ceux qui avaient battu le pavé hier sont aujourd’hui les irréductibles qui veulent changer la même Constitution », déplore-t-il.

Cette référence n’est pas anodine. En RDC, la question du troisième mandat reste associée aux violences politiques de 2015 et 2016, lorsque les contestations contre un possible maintien au pouvoir de Kabila avaient provoqué une répression sanglante.

Le spectre du « glissement »

Mukwege évoque également le risque d’un nouveau « glissement » électoral, expression désormais ancrée dans le vocabulaire politique congolais pour désigner le report des scrutins au-delà des délais constitutionnels.

Selon lui, les arguments sécuritaires avancés pour justifier d’éventuelles difficultés d’organisation des élections de 2028 dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu pourraient aussi rendre impossible tout référendum constitutionnel. Une contradiction que l’opposant juge révélatrice d’un projet politique avant tout destiné à prolonger le pouvoir en place.

Au-delà du débat juridique, le Nobel de la paix attaque frontalement le bilan du régime. Il évoque une gouvernance « désastreuse » sur les plans sécuritaire, économique et social, accusant les autorités d’avoir installé un système fondé sur le « culte de la personnalité ».

Un appel au sursaut citoyen

Dans une rhétorique proche des grands manifestes citoyens africains, Mukwege appelle les Congolais à se « réapproprier la Constitution » et à défendre l’État de droit face aux pratiques qu’il associe au népotisme, au clientélisme et au tribalisme.

Le message vise clairement à fédérer les forces politiques et sociales opposées à toute modification du texte fondamental. « Touche pas à ma Constitution ! », conclut-il, reprenant un slogan devenu emblématique des luttes démocratiques sur le continent.

Cette sortie intervient dans un climat particulièrement sensible. À Kinshasa, le débat sur la réforme constitutionnelle reste encore officieux, mais plusieurs figures de l’Union sacrée ont déjà ouvertement plaidé pour une réflexion sur l’architecture institutionnelle du pays. Une perspective qui inquiète une partie de la société civile et de l’opposition, dans un pays où les crises politiques ont souvent débouché sur des épisodes de violence.

Pour Mukwege, la priorité ne devrait pas être la révision du contrat social, mais la restauration de la paix dans l’Est du pays et la consolidation de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire. En d’autres termes : gouverner avant de vouloir durer.

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