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La RDC exporte-t-elle son uranium sans le savoir… et sans en tirer le moindre bénéfice ? OUI !

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Mineur artisanal dans le Katanga

Kiki Kienge

La République démocratique du Congo est le premier producteur mondial de cobalt. Chaque année, des centaines de milliers de tonnes de ce minerai stratégique quittent le Katanga pour alimenter l’industrie mondiale des batteries électriques. Mais derrière cette richesse se cache un autre métal, encore plus stratégique : l’uranium.

Une récente enquête du Financial Times et de Lighthouse Reports révèle qu’entre 2000 et 2024, plusieurs milliers de tonnes d’uranium auraient quitté discrètement la RDC, mélangées aux exportations de cobalt, sans être officiellement déclarées comme production d’uranium. (Financial Times)

Un uranium caché dans le cobalt

Le phénomène n’a rien de mystérieux sur le plan géologique.

Les gisements de cuivre et de cobalt du Haut-Katanga et du Lualaba contiennent naturellement de l’uranium. Lors de l’extraction, les minerais sont transformés en hydroxyde de cobalt destiné à l’exportation. Or, selon les chercheurs, une partie de cet uranium reste présente dans le produit exporté.

Autrement dit, la RDC exporte officiellement du cobalt… mais également de l’uranium sous forme de sous-produit non valorisé. (Financial Times)

Une richesse qui échappe au pays

Le véritable problème est économique.

Le prix payé à la RDC correspond essentiellement à la valeur du cobalt.

Si les raffineries étrangères disposent des technologies permettant ensuite de séparer l’uranium du cobalt, elles récupèrent un métal stratégique supplémentaire sans que la RDC n’en tire une rémunération spécifique.

Le pays supporte les coûts de l’extraction.

Les acheteurs captent une partie de la valeur ajoutée.

La transformation industrielle se fait à l’étranger.

Comme pour le cuivre ou le cobalt raffinés, la richesse est créée ailleurs.

Une industrie de transformation inexistante

La RDC possède les réserves.

Mais elle ne possède pratiquement pas les installations permettant :

  • de séparer systématiquement l’uranium ;
  • de le raffiner ;
  • de le commercialiser légalement.

Résultat : l’uranium est traité comme une impureté du cobalt plutôt que comme une ressource économique.

Le paradoxe est saisissant : le pays qui abrite la célèbre mine de Shinkolobwe, dont l’uranium a marqué l’histoire du XXᵉ siècle, ne produit officiellement presque plus d’uranium depuis plusieurs décennies.

Un enjeu de souveraineté

L’uranium n’est pas un minerai comme les autres.

Il est utilisé dans :

  • la production d’électricité nucléaire ;
  • certaines applications médicales ;
  • la recherche scientifique ;
  • et, après enrichissement, des usages militaires.

Même si l’uranium présent dans le cobalt est généralement à faible concentration et n’est pas directement utilisable, son exportation non contrôlée soulève des questions de sécurité, de traçabilité et de souveraineté économique. Les chercheurs appellent à renforcer les contrôles radiologiques et la transparence des chaînes d’approvisionnement. (Financial Times)

La véritable question

L’affaire dépasse largement le seul uranium.

Elle révèle une faiblesse structurelle du modèle minier congolais : la RDC continue d’exporter des matières premières brutes ou semi-transformées, tandis que les opérations les plus rentables — raffinage, séparation des métaux et fabrication de produits à haute valeur ajoutée — sont réalisées à l’étranger.

Ainsi, le pays vend son cobalt, mais abandonne une partie de la valeur des autres métaux qui l’accompagnent.

Une urgence stratégique

Cette révélation devrait conduire les autorités congolaises à s’interroger sur plusieurs points :

  • les exportations de cobalt sont-elles systématiquement contrôlées pour détecter la présence d’uranium ?
  • la RDC connaît-elle précisément les quantités d’uranium qui quittent son territoire ?
  • pourquoi le pays ne dispose-t-il toujours pas d’une filière nationale capable de séparer et de valoriser ces minerais associés ?
  • combien de milliards de dollars de valeur ajoutée échappent ainsi à l’économie congolaise depuis vingt ans ?

Car au-delà des chiffres, une question demeure : un pays peut-il réellement se considérer comme souverain sur ses ressources stratégiques lorsqu’il ignore une partie de ce qu’il exporte ?

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