Kiki Kienge
Article 64 :
Tout Congolais a le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l’exerce en violation des dispositions de la présente Constitution. Toute tentative de renversement du régime constitutionnel constitue une infraction imprescriptible contre la Nation et l’État. Elle est punie conformément à la loi.
À Kinshasa, le climat politique s’alourdit davantage. En toile de fond : les récentes sanctions américaines visant l’entourage de l’ancien président Joseph Kabila, et une réponse qui prend désormais une tournure constitutionnelle et potentiellement explosive.
Dans un communiqué publié par son cabinet, l’ancien chef de l’État convoque explicitement l’article 64 de la Constitution congolaise, disposition rarement mobilisée dans le débat public mais lourde de sens. Une convocation qui sonne comme un avertissement direct au pouvoir en place.
» Dans tous les cas, faire échec à tout pouvoir qui s’exerce en violation de la Constitution étant, aux termes de l’article 64 de cette dernière, un devoir impératif (…) «
Un bras de fer qui s’intensifie
Cette sortie intervient dans un contexte de rivalité persistante entre Félix Tshisekedi et son prédécesseur. Si les tensions entre les deux camps ne sont pas nouvelles, les sanctions américaines semblent avoir accentué la polarisation politique.
Du côté du pouvoir, ces mesures sont perçues comme un levier diplomatique. Mais à Kinshasa, certains observateurs estiment qu’elles pourraient produire l’effet inverse.
Sans garantie d’un soutien militaire concret des États-Unis, notamment dans un contexte international déjà tendu à l’image des difficultés de leur engagement en Irak, ces sanctions risqueraient de fragiliser davantage la position de Félix Tshisekedi.
L’ombre d’un appel à la résistance
Pour Joseph Kabila, militaire de formation, l’invocation de l’article 64 ne relève pas d’un simple rappel juridique. Elle pourrait être interprétée comme un appel implicite à la mobilisation contre le pouvoir en place, voire à une forme de résistance active, pourquoi pas militaire.
Le communiqué insiste d’ailleurs sur cette posture : « (…) le Président Joseph Kabila rassure le peuple congolais, principale victime de la gouvernance actuelle du pays, de sa détermination à œuvrer sans relâche (…) pour mettre fin à la dictature et rétablir la démocratie, l’état de droit et la cohésion nationale (…) ».
Une rhétorique qui place clairement l’ancien président dans une position d’opposant déterminé, tout en cherchant à capter le mécontentement populaire dans la gouvernance du pays.
La question du troisième mandat en filigrane
En arrière-plan, un autre enjeu alimente les tensions : la perspective d’une révision constitutionnelle.
Au sein de l’Union sacrée, la coalition au pouvoir, certains cadres évoquent la possibilité de modifier la Constitution pour permettre à Félix Tshisekedi de briguer un nouveau mandat en 2028.
Une hypothèse qui, si elle se confirmait, offrirait un argument politique de poids à Joseph Kabila. En se posant en défenseur de l’ordre constitutionnel, l’ancien président pourrait capitaliser sur les inquiétudes liées à une dérive institutionnelle.
Une séquence à haut risque
Entre pressions internationales, rivalités internes et débats constitutionnels, la République démocratique du Congo s’engage dans une séquence politique délicate. L’usage du registre légal voire insurrectionnel par Joseph Kabila marque une nouvelle étape dans ce face-à-face avec Félix Tshisekedi.
Reste à savoir si cette montée en tension restera confinée au terrain politique ou si elle débouchera sur une crise plus profonde, dans un pays où les équilibres demeurent fragiles.















