Kiki Kienge
Aimable Karasira devait retrouver la liberté ce 7 mai, après cinq années passées en détention. Quelques heures avant sa libération, le youtubeur rwandais est finalement décédé dans un hôpital de Kigali.
Les autorités évoquent une overdose médicamenteuse. Mais dans un pays où les opposants meurent rarement sans controverse, l’affaire ravive immédiatement les accusations visant le régime de Paul Kagame.
Ancien enseignant et survivant du génocide de 1994, Karasira s’était imposé comme l’une des rares voix critiques visibles au Rwanda. Sur YouTube, il dénonçait régulièrement le pouvoir et le récit officiel porté par le Front patriotique rwandais (FPR). Arrêté en 2021, il avait été poursuivi pour « divisionnisme » et négation du génocide des accusations que les ONG jugent souvent utilisées pour faire taire les dissidents.
Sa mort, précisément le jour de sa sortie prévue, suscite scepticisme et colère. Son avocat assure qu’il préparait activement sa libération. Des organisations de défense des droits humains réclament désormais une enquête indépendante.
L’affaire rappelle inévitablement celle du chanteur Kizito Mihigo, mort en détention en 2020 dans des circonstances elles aussi controversées. Depuis plusieurs années, Kigali est accusé de maintenir une stabilité politique fondée sur une surveillance étroite de l’espace public, des médias et de l’opposition.
Le Rwanda continue certes d’incarner, aux yeux de nombreux partenaires étrangers, un modèle de réussite économique et sécuritaire en Afrique. Mais derrière l’image d’un État moderne et discipliné, la disparition d’Aimable Karasira rappelle le coût humain et politique d’un système où la critique du pouvoir demeure un exercice à haut risque.















