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RDC : l’amer regret de Tibor Nagy concernant le pari sur Tshisekedi en 2018

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Washington avait finalement choisi de tolérer le choix de Tshisekedi

Kiki Kienge

Parfois, les aveux les plus lourds de conséquences arrivent longtemps après les décisions qu’ils concernent. En reconnaissant publiquement que l’un de ses « plus grands regrets » fut d’avoir plaidé pour le soutien américain à Félix Tshisekedi après la présidentielle congolaise de 2018, Tibor Nagy jette une lumière crue sur l’un des épisodes diplomatiques les plus controversés de l’histoire récente de la République démocratique du Congo.

« L’un de mes plus grands regrets de mon temps en tant que sous-secrétaire d’État américain adjoint pour l’Afrique a été de plaider pour que les États-Unis soutiennent Tshisekedi en tant que vainqueur de l’élection congolaise de 2018. Je pensais qu’il serait vraiment différent et ferait avancer les intérêts du peuple congolais. Comme je me suis trompé ! »

Cette déclaration, rare par sa franchise dans les cercles diplomatiques américains, résonne comme un désaveu politique autant qu’un constat d’échec stratégique.

Le pari américain sur “l’alternance

À l’époque, Washington cherchait avant tout à tourner la page de l’ère Joseph Kabila. Après dix-huit années de pouvoir, ce dernier faisait face à une pression internationale croissante pour organiser une transition politique crédible.

Mais l’élection de décembre 2018 fut immédiatement entachée de soupçons de fraude. Les résultats proclamés par la Commission électorale donnaient vainqueur Félix Tshisekedi, tandis que plusieurs observateurs indépendants, ainsi qu’une partie de l’opposition, estimaient que Martin Fayulu était arrivé en tête du scrutin.

Dans les chancelleries occidentales, l’embarras était palpable. Fallait-il contester frontalement les résultats au risque de provoquer une crise institutionnelle majeure, ou accepter une transition jugée imparfaite mais porteuse d’espoir ?

Selon les propos de Tibor Nagy, Washington avait finalement choisi la seconde option. Un choix fondé sur la conviction que Tshisekedi incarnerait une rupture avec les pratiques de gouvernance héritées du système Kabila.

De l’espoir à la désillusion

Six ans plus tard, le ton a radicalement changé.

La présidence Tshisekedi est aujourd’hui critiquée sur plusieurs fronts : persistance de la corruption, fragilité des institutions, tensions politiques internes, recul des libertés publiques et aggravation de l’insécurité dans l’est du pays.

Pour de nombreux Congolais, l’alternance de 2019 n’a pas produit la transformation attendue. Certes, Tshisekedi a progressivement pris ses distances avec le camp Kabila et consolidé son pouvoir. Mais les promesses de réforme profonde de l’État, elles, peinent encore à convaincre.

Le regret exprimé par Tibor Nagy traduit aussi une interrogation plus large sur la politique africaine des États-Unis : Washington a-t-il privilégié la stabilité diplomatique au détriment de la vérité des urnes ?

Un aveu aux implications diplomatiques

Dans le langage feutré de la diplomatie américaine, reconnaître publiquement une erreur d’appréciation sur un chef d’État en exercice est exceptionnel. L’ancien responsable américain ne critique pas seulement un homme ; il remet implicitement en question toute une approche occidentale de la transition congolaise.

Cet aveu pourrait également nourrir les critiques de ceux qui dénoncent depuis des années les ingérences étrangères dans les processus électoraux africains. Pour les partisans de Martin Fayulu, cette sortie ressemble à une validation tardive de leurs accusations.

Reste que ce mea culpa intervient dans un contexte où les relations entre Kinshasa et ses partenaires occidentaux deviennent plus complexes. Entre compétition géopolitique, enjeux miniers stratégiques et crise sécuritaire régionale, la RDC demeure un terrain central des rivalités d’influence internationales.

Et la confession de Tibor Nagy rappelle une réalité souvent tue dans les relations internationales : les grandes puissances misent parfois sur des hommes plus que sur des institutions. Au risque, ensuite, de devoir reconnaître publiquement s’être trompées.

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